Fondée en 2022, Yoleau est une marque française de spritz sans alcool, naturels et sages en sucre.
Pour le Journal du Manager, Cynthia Biardeau-Schwok, co-fondatrice de Yoleau, nous présente les principales caractéristiques de l’entreprise, revient sur son parcours d’entrepreneure et partage sa vision pour l’avenir de l’apéritif sans alcool.
Pouvez-vous pitcher Yoleau ?
Yoleau est la marque française qui a été créée pour les moments de festivité, pour trinquer sans alcool. Et pour être fier de trinquer sans alcool. Avec la vraie volonté de réunir tout le monde autour de l’apéritif avec des boissons qui vont être naturelles, sages en sucre et inspirées des recettes de la mixologie. Le tout avec des goûts plus originaux que ce qu’on trouve dans les recettes classiques comme des limonades.
Quel a été le point de départ de cette expérience ?
En réalité, la marque Yoleau a été lancée il y a quatre ans, nous proposions des cocktails qui étaient légèrement alcoolisés à 4,5 %. Puis on a pivoté, il y a un an et demi sur le sans alcool. La première raison, c’est que nos clients nous demandaient souvent si nous avions le même produit mais sans alcool. Il y avait un besoin et une opportunité de différenciation, et puis les produits avec alcool sont limités en termes de communication par la loi Evin.
Le point de départ de Yoleau c’est la période du Covid. Il y avait déjà une nouvelle catégorie émergente et un ami qui m’a demandé mon job de rêve. Je lui avais répondu : créer une catégorie de produits. Et on a échangé avec mon amie, qui est aujourd’hui mon associée, Pauline et on s’est dit que ce serait chouette de lancer des produits qui soient naturels, pas trop sucrés et pas trop alcoolisés.
Et voilà on a créé Yoleau comme une alternative à la bière, mais sans son amertume ni sucre.
D’où vient le nom « Yoleau » ?
Avec Pauline, on avait cette volonté de créer des boissons apéritives qui soient festives pour les moments de convivialité où on ne se prend pas la tête. On s’est inspirées d’une expression américaine : « You Only Live Once ». Quand on prend l’apéro, on a envie de profiter du moment présent. Et on l’a modifié avec « EAU »qui a un double penchant. Premièrement le côté à la française car notre univers de marque c’est quand même le savoir-faire français, et le côté eau, naturalité qui fonctionne très bien avec notre gamme sans alcool.
Vous venez du marketing de la bière : qu’avez-vous gardé de cette expérience ?
On y est restées cinq ans pour moi et sept ans pour Pauline, donc ça nous a appris beaucoup de choses. La structuration marketing, la manière de réfléchir, de structurer une catégorie de produit, ça appartient au monde de la grande distribution et c’est des leviers qui sont tous à peu près similaires.
Comment se différencier sur un marché aussi encombré que l’apéro ?
C’est une catégorie en croissance donc il y a de plus en plus de demandes, de communication et de place en rayon. La manière dont nous, on se différencie, c’est d’abord la qualité des produits et le goût. On a la volonté d’avoir des ingrédients naturels et pas trop sucrés. Il y a plein de techniques pour amener le goût sans amener de sucre. Et nous sommes dans un moment où les personnes sont sensibles à leur consommation pour leur santé.
Pour le choix de nos recettes, on s’inspire de ce qui se passe dans l’univers des cocktails. Par exemple, notre spritz à la fleur de sureau essaie de rappeler des notes qu’on pourrait avoir sur des versions alcoolisées avec les fleurs de litchi. On va vraiment travailler sur l’acidité, la longueur en bouche pour avoir plusieurs éléments de langage comme on aurait sur du vin ou de l’alcool.
Ensuite on est une marque française et on est fières de dire qu’on produit dans notre pays et il me semble que ça plaît aux consommateurs.
La couleur et le design de nos bouteilles, c’est vraiment dans l’ADN de la marque. La couleur pour moi va représenter ce côté vibrant et la positivité de la marque.
Quelle a été votre toute première décision en tant qu’entrepreneure ?
Ma première décision je l’ai prise avec Pauline, c’était de quitter nos jobs. Quand on a lancé Yoleau, on était encore en poste pendant un an et demi, on a travaillé sur notre projet en side project. Le jour où on a trouvé la recette et le lieu de production on s’est dit : on quitte nos jobs et on y va. Donc ma première décision a été de mettre tout le temps qui nous serait accordé pour ce projet et toute la liberté, mais aussi tous les risques et l’instabilité qui va avec.
Qu’est-ce que personne ne vous avait dit sur l’entrepreneuriat ?
Je pense que c’est la gestion et la trésorerie. Les problèmes d’argent que ça aille bien ou mal, il y en aura toujours. Surtout au début c’est plutôt l’argent personnel donc c’est compliqué et même quand il y a de la croissance, ce n’est pas de tout repos.
Votre première production : 9 000 bouteilles. Quel souvenir en gardez-vous ?
De l’excitation. On avait fait une campagne de crowdfunding pour pouvoir se financer et commencer à avoir un fonds de roulement. Dès que les 9 000 bouteilles arrivent, le produit devient bien réel et il faut les vendre. Donc j’allais voir les bars un par un, avec mon sac à dos pour leur faire découvrir nos produits et pour qu’ils nous référencent.
Aujourd’hui on travaille encore ce beau réseau de bars pour la création de tendance mais le gros volume passe en grande distribution.
Y a-t-il une décision que vous feriez différemment ?
Nous avions voulu nous lancer sur l’alcool mais avec du recul ça aurait peut-être été plus malin de se lancer directement sur le sans alcool. On aurait peut-être gagné quelques années. En revanche, ça nous a permis de construire la marque, de créer notre résilience et nos relations.
Qu’est-ce qui fait que votre duo avec Pauline tient depuis le début ?
Je pense qu’il tient pour deux raisons. D’abord effectivement parce qu’on est amies, mais aussi parce qu’on s’est rencontrées dans l’univers du travail. On sait un peu comment chacune travaille même si l’entrepreneuriat est très différent. Et puis on arrive à avoir des univers séparés le week-end. Comme tous les entrepreneurs on a dû apprendre à évoluer, en faisant face aux difficultés.
Combien de « casquettes » portez-vous dans une journée type ?
On n’est encore que deux dans la société donc on a chacune trois, quatre casquettes. Par exemple moi c’est plus la communication, le marketing, l’innovation, la R&D même si parfois je peux aider Pauline sur la gestion financière.
Quelle a été la compétence qui a été la plus dure à acquérir ?
La patience. Parce qu’il y a des choses qui doivent prendre le temps d’avancer même si nous avons envie que tout avance vite. Et puis il y a l’aspect levée des fonds qui est une compétence qu’on n’a pas forcément. On en a fait une en début d’année 2026, et on s’améliore encore là-dessus.
Un conseil que vous donneriez à la Cynthia d’il y a un an et demi ?
« Trouve une solution pour que la société te rémunère plus vite. » En réalité on s’est versé nos premiers salaires il y a quelques mois à peine. On se disait que tout l’argent devait revenir à la société parce qu’elle en avait besoin. Donc je faisais des petits jobs à côté, c’était une situation assez précaire. Sauf que si on ne se préserve pas en tant qu’entrepreneur, on ne peut pas être à 100 % pour la boîte. Finalement, le temps que je passais à faire des missions à côté j’aurais dû faire en sorte que Yoleau grandisse plus vite, fasse plus de cash et puisse nous rémunérer.
Quelle est votre recette préférée ?
Je dirais le spritz à la fleur de sureau.
Où voyez-vous Yoleau dans trois ans ?
Sur toutes les terrasses de France et d’Europe, et au barbecue aussi. Et peut-être ailleurs. L’idée c’est d’être solide sur nos appuis en France, qui est probablement l’un des marchés les plus compliqués à développer. Et de commencer à travailler l’international après.
Le savoir-faire français sur l’apéritif est très fort donc on a envie de le porter haut et de l’exporter à l’étranger.
Pour quelle raison pensez-vous que la France est un marché compliqué ?
Sur la boisson, aujourd’hui les bars et restaurants sont très centralisés. Pour se lancer, il faut avoir des contacts ou des ressources dans tous les lieux de distributeurs. Et puis je pense que le marché français est un peu moins ouvert à l’innovation. Les Français ne sont pas les premiers à changer leurs habitudes de consommation. Le sans alcool vient toucher au cœur du réacteur, cette petite mentalité française nécessite plus de temps pour être convaincue. Par contre quand on leur a prouvé que c’est positif, on y arrive.
Pour les bars par exemple, j’ai du mal à les engager sur le sans alcool. Ils y voient un côté frontal à l’alcool alors que nous l’idée c’est de dire il y a des gens qui ne veulent pas boire d’alcool, par contre ils veulent prendre quelque chose de plus festif qu’un soda et vous n’avez rien à leur proposer. Nous on vous propose justement une solution. On a plus de difficultés à le faire comprendre aux décisionnaires.
De quoi avons-nous besoin pour se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Il faut déjà se dire qu’on ne sera jamais prêt, donc à un moment donné il faut y aller. Je trouve qu’avoir quelqu’un avec qui le faire est important. Et commencer son projet en side project à côté de son job, permet de s’amuser et de voir si le sujet nous intéresse assez pour passer son temps perso dessus.
Je pense que certains imaginent l’entrepreneuriat comme un monde féerique où tout est facile. Ce n’est pas le cas, garder son boulot au début évite de prendre des risques trop tôt.spritz sans alcool
Nos remerciements à Cynthia Biardeau-Schwok, fondatrice de Yoleau. Propos rapportés par l’équipe de manager.one