Pour sa première rentrée en 2026, Mon Lycée veut réconcilier avec l’école les élèves que le système classique ne parvient plus à retenir.
Pour le Journal du Manager, Thibaud Molero, cofondateur de Mon Lycée, nous explique comment il compte leur offrir une véritable alternative, préparer le bac tout en accompagnant l’orientation post-bac, et replacer l’humain au cœur de l’apprentissage.
Pouvez-vous nous présenter Mon Lycée ?
Mon Lycée est un lycée 100 % en ligne qui offre une solution aux élèves qui ont besoin d’apprendre autrement.
Mon Lycée est né d’un double constat. Le premier, c’est qu’aujourd’hui en France 200 élèves quittent chaque jour le système scolaire sans qualification ni diplôme. Ce qui représente plus de 76 000 élèves chaque année. Le système scolaire actuel tel qu’on le connaît n’est pas adapté à tous les profils. Je pense aux expatriés, aux familles nomades, aux élèves qui ont des problèmes de santé, aux élèves dans des zones dites éloignées, aux élèves neuroatypiques (TDAH ou TSA). Mais surtout les élèves qui aujourd’hui, et c’est un vrai sujet, subissent le harcèlement et ont une phobie scolaire. Ça touche énormément d’élèves, nous avons tous les jours ces familles au téléphone.
Le deuxième constat est qu’en France plus d’un élève sur deux déclare regretter son choix d’études post-bac. Les spécialités choisies dès la seconde nous mettent dans des cases et ont une forte incidence sur notre orientation. On demande à des élèves une orientation alors qu’ils ne connaissent pas toutes les spécialités, toutes les options ni tous les métiers. Aujourd’hui en France il y a plus de 20 000 options que ce soit de l’université, du BTS, de la formation initiale ou de l’apprentissage.
Comment se déroule une journée chez Mon Lycée ?
L’objectif reste le bac donc le matin on a les cours dits académiques, 15 élèves au maximum par groupe. Ces cours sont dispensés par un professeur en chair et en os, on peut lever la main, poser une question et être interrogé. Nous sommes partenaires des éditions Hachette, donc nous utilisons des e-manuels, ce qui permet d’y ajouter des notes et des contenus multimédias complémentaires.
Tous les cours sont enregistrés et disponibles à la rediffusion le jour même. Si pour diverses raisons l’élève ne peut assister au cours, il peut le visionner plus tard et les professeurs sont là pour répondre à ses questions.
L’après-midi, on est concentré sur le projet post-bac. Nous avons mis en place des modules thématiques où des experts vont présenter aux élèves les spécialités et les métiers qui y sont associés. Les deux filières, générale et STMG, sont proposées chez Mon Lycée. C’est aussi l’occasion de travailler des compétences nécessaires à la vie professionnelle, je pense à l’utilisation de l’IA, des outils bureautiques et des réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram, TikTok, Facebook).
Et en fin de journée on a l’étude accompagnée, les élèves peuvent travailler seuls ou en petit groupe. Ils revoient les cours de la journée, font leurs devoirs, préparent les évaluations avec un tuteur dédié.
Les emplois du temps sont entièrement aménageables. L’objectif est que chaque élève puisse suivre une scolarité complète et adaptée à ses besoins. Pour cela, l’élève a un référent pédagogique avec lequel il fait un point toutes les semaines (les notes, l’assiduité, l’aménagement). Bien sûr, aucune décision n’est prise sans l’accord des familles.
Quand vous avez parlé de votre projet autour de vous, que vous a-t-on dit ?
Les retours étaient assez positifs. Que ce soit les lycéens eux-mêmes ou les parents, ce projet ne laisse personne indifférent.
Les points qui peuvent effrayer sont la visio et l’isolement. Nous sommes assez sereins, dans le sens où ça fait déjà cinq ans qu’on travaille comme ça chez Mon Campus. On sait très bien que créer des groupes et des communautés est important, donc tous les mercredis après-midi, on a des clubs en ligne autour de thématiques larges. On va avoir une équipe de e-sport par exemple, il y aura aussi un vlog et le bureau des élèves. L’absence de déplacements permet également aux étudiants d’avoir des activités, de rencontrer d’autres personnes le soir.
Vous avez fondé Mon Lycée avec Romy Pons. Comment vous répartissez-vous les rôles au quotidien ?
Romy est conseillère d’orientation scolaire indépendante, donc elle maîtrise les bilans de compétences pour les jeunes, les accompagne sur les dossiers Parcoursup. Elle pilote la partie de l’après-midi : l’expertise, l’orientation, l’accompagnement du secondaire et du supérieur.
Moi, j’ai une carrière de 20 ans en tant que professeur de maths dans le secondaire et le supérieur. Donc la partie scolaire me parle beaucoup plus, j’apporte mon expérience pédagogique ainsi que les compétences techniques liées à la digitalisation et à l’utilisation de la visioconférence.
Développer un lycée, c’est se conformer à l’Éducation nationale, à la réglementation. Quel a été l’obstacle le plus important ?
Aujourd’hui, on a un statut de lycée privé hors contrat, c’est-à-dire que nous rémunérons nos enseignants et les recrutons. Nos élèves passent leur baccalauréat en candidats libres dans l’académie de leur lieu de résidence, que ce soit en France ou à l’étranger, il n’y a pas de contrôle continu.
Pour l’Éducation nationale, nous sommes un « ovni ». Mais je pense qu’eux-mêmes sentent que les modalités sont en train d’évoluer. L’objectif n’est pas de remplacer ou critiquer l’Éducation nationale mais de répondre aux besoins de tous les élèves.
Notre objectif est de passer du statut d’ovni à une option pour les parents et les élèves. Pour Mon Lycée, l’obstacle d’aujourd’hui est de se faire connaître.
Aujourd’hui, qu’est-ce qui vous prend le plus de temps dans votre rôle de dirigeant ?
Le suivi des équipes, il y a deux “marques” chez nous : Mon Campus et Mon Lycée. Nous sommes une équipe de 12 personnes donc c’est d’arriver à faire le lien entre les équipes et l’avancement des projets.
Quand on a construit un projet, comment sait-on qu’on peut partir sur un autre ?
Je pense qu’on ne finit jamais un projet, je trouverais ça effrayant. Par exemple, pour Mon Lycée, la rentrée 2026 ne ressemblera pas à celle de 2027. On a la chance de vivre dans une période où tous les mois il y a des nouveautés. Charge à nous d’être curieux.
Cependant quand on sent que les équipes sont en place, qu’elles ont bien compris la philosophie, que la gestion de projet fonctionne et que tout le monde regarde dans la même direction, on peut effectivement y consacrer moins de temps. Il faut simplement garder à l’esprit qu’un projet doit continuer à évoluer.
Lequel de vos projets précédents vous a le plus appris ?
Mon Campus, qui est aussi une école en ligne. Il y a cinq ans, c’était un établissement en présentiel à Montpellier, puis j’ai rapidement digitalisé l’activité. Nos équipes maîtrisent donc déjà les outils et le suivi par référent pédagogique : c’est notre quotidien chez Mon Campus depuis des années.
Entre vos différents projets, qu’est-ce qui revient toujours ?
L’innovation. C’est vrai que l’éducation c’est mon domaine d’expertise mais l’innovation reste le moteur. Avant de monter un projet, on se pose des questions : Qu’est-ce qui n’existe pas ? De quoi avons-nous besoin ? Et que peut-on proposer ?
Quelle place l’humain doit-il garder dans une école en ligne ?
Omniprésente. On parle d’élèves entre 15 et 18 ans. Si on les laisse devant l’écran chez eux seuls, ce n’est pas le manuel de maths qui va être affiché… C’est pour ça qu’ils ne sont jamais seuls. Il y a un appel fait à chaque cours, les absences sont notifiées sur PRONOTE et il y a le suivi hebdomadaire pour savoir comment les élèves se sentent.
Chaque suivi commence par une note que se donne l’élève sur son implication et son assiduité scolaire dans la semaine. En général, cette note est très fiable et le parent peut contacter le référent quand il le souhaite. L’idée c’est d’accompagner l’élève et de ne pas attendre lentement qu’on arrive à une situation compliquée.
Donc l’humain est primordial, le digital n’est qu’une modalité.
Qu’est-ce qu’un élève de Mon Lycée pourra dire dans quatre ans qu’aucun autre lycée ne lui aurait permis de vivre ?
J’espère qu’il pourra dire qu’il a vécu quelque chose d’utile et j’aimerais qu’il s’étonne que l’élève en présentiel n’ait pas vécu la même chose. Nos élèves vont valider leur bac mais ils vont surtout avoir des compétences que l’élève en présentiel n’aura pas forcément.
Si l’élève peut se dire que nous lui avons ouvert l’esprit et qu’on l’a aidé pour son orientation, nous serons satisfaits.
Beaucoup d’élèves ont le goût de l’entrepreneuriat, avec de bonnes idées, mais ne savent pas comment commencer. Comment créer une société ? Par où commencer un business plan ? Où trouver des partenaires ? Avoir une petite éducation financière : Qu’est-ce qu’un crédit ? Qu’est-ce que l’URSSAF ?
Pour cela, on va avoir un business club animé par un expert-comptable. L’idée c’est d’accompagner les élèves pour essayer de retranscrire leur idée sur un business plan.
Quel serait votre conseil à une personne qui hésite à se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Seul on ne fait rien. S’entourer des bonnes personnes est primordial. Il ne faut pas penser que seul on est le meilleur parce qu’on a besoin de trop de domaines différents. Il faut être à l’aise en communication, dans son cœur de métier, en gestion et en management dès qu’il y a des salariés. Manager des équipes c’est un métier !
Je pense qu’il faut qu’on adopte une vision plus anglo-saxonne sur le fait d’échouer. Ce n’est pas une finalité. On a tous échoué. Maintenant, il faut l’analyser pour réussir sur le prochain projet. À titre personnel, l’entrepreneuriat est devenu essentiel, je ne verrais pas ma vie sans.
Donc pour tous ceux qui ont cette envie, ne vous freinez pas, foncez et appelez-moi, je serai ravi d’échanger.
Combien d’élèves sont inscrits pour la rentrée 2026 ?
Aujourd’hui, en juillet 2026, une petite cinquantaine d’élèves sont inscrits. Je pense que c’est un chiffre qui va exploser ces prochains mois et ces prochaines années.
La phobie scolaire, c’est quelque chose que je n’avais pas mesuré. Je pense que ce sujet est resté trop longtemps sous silence, il faut qu’on propose autre chose à cette génération, c’est une certitude.
Que faudrait-il changer à l’éducation d’aujourd’hui ?
J’étais professeur de maths, donc autant vous dire que la moitié de ma classe arrivait traumatisée dès la rentrée. Mon idée, c’était de leur montrer concrètement à quoi servent les maths dans la vie de tous les jours.
Je pense qu’il faut que les professeurs arrivent à faire le lien avec la vie courante, il faut qu’il y ait un échange. Chaque matière prise indépendamment est intéressante pour sa vie personnelle et professionnelle. Je pense que la révolution est en marche et on va tout faire pour être une option pour les lycéens.
Nos remerciements à Thibaud Molero, cofondateur de Mon Lycée. Propos rapportés par l’équipe de manager.one