Fondée en 2020, MyLifeCare est une solution de prévention santé en entreprise qui mesure l’âge physiologique et les scores de santé des salariés, pour les aider à préserver leur capital santé.
Pour le Journal du Manager, Christine Hanon, fondatrice et CEO de MyLifeCare, nous présente les principales caractéristiques de l’entreprise, nous explique comment l’intelligence artificielle transforme l’accompagnement de la santé et nous partage sa vision pour l’avenir de la prévention.
Pouvez-vous présenter MyLifeCare ?
MyLifeCare est une société de prévention qui a pour objectif de démocratiser au maximum les bons comportements et les leviers d’amélioration pour rester en bonne santé le plus longtemps possible. Pour cela je travaille en collaboration avec le docteur Christophe de Jaeger, médecin gériatre spécialisé dans le vieillissement du corps humain, et son équipe. Nous avons co-construit « Sky » à partir d’Agentforce, la solution d’IA conversationnelle de Salesforce. Cette structure tech permet de créer un agent fiable, en mettant en place des garde-fous.
MyLifeCare est un peu comme un coach santé de poche.
Quels sont les services proposés par MyLifeCare et à qui s’adressent-ils ?
Aujourd’hui MyLifeCare propose trois types d’offres.
Une première offre dite VIP. La personne suit des examens médicaux complets pour faire un point sur sa santé (vasculaire, neurologique, bilan sanguin, etc.). Ce qui permet de déterminer son âge physiologique, à bien différencier de l’âge chronologique. Dans un second temps, nous mettons en place des séances de coaching personnalisées : gestion du stress, sport, nutrition, sommeil. Ce sont les quatre piliers de prévention sur lesquels il faut agir.
Une deuxième offre dite intermédiaire qui se fait à distance. La personne répond à un questionnaire de santé en ligne, puis effectue un bilan sanguin dans un laboratoire près de chez elle ainsi qu’une téléconsultation. Dans un second temps, elle reçoit un accompagnement via « Sky », le coach de santé qui permet de personnaliser cet accompagnement.
La troisième approche est 100 % digitale. Un premier bilan santé à faire chez soi puis un accompagnement par WhatsApp et par e-mail avec ce coach de santé.
Ces trois offres sont proposées à des entreprises, des dirigeants d’entreprises, des salariés ou des personnes individuelles.
Comment calculez-vous l’âge physiologique ?
On utilise le DEXA Scan, un scanner habituellement utilisé pour les sportifs ou pour les femmes souffrant d’ostéoporose. Il permet de connaître la « composition » du corps en os, muscle, graisse. On mesure par exemple la masse grasse viscérale et la masse grasse abdominale, qui pèsent beaucoup sur l’âge physiologique. Nous mesurons également la souplesse des artères. On réalise un bilan neurologique, des tests d’équilibre, une évaluation de la force musculaire par le gainage, ainsi qu’un examen du cœur (avec un ECG) et des poumons.
À partir de ces éléments, on procède à des calculs de probabilités à l’aide de tables de référence très précises, établies avec le docteur Christophe de Jaeger.
La personne obtient son âge physiologique juste après le bilan. On prend ensuite le temps de débriefer avec elle sur notre application. On lui montre ce qui va bien et ce qui est à travailler, puis on met en place un programme autour des quatre piliers de la prévention. Bien évidemment nous orientons l’accompagnement selon la morphologie, les besoins et les objectifs de la personne.
Avez-vous pu estimer, avec les PDG, les pertes financières liées aux arrêts maladie qui ont pu être évitées ?
MyLifeCare est encore une jeune entreprise mais nous cherchons à constituer ces données. C’est l’objet du POC (proof of concept) que nous menons avec une mutuelle. Environ 500 personnes vont suivre nos conseils, ce qui nous permettra de mesurer les KPI (Indicateurs clés de performance) associés. Nous sommes en pleine phase de collecte avec trois grands clients prospects. Nous travaillons sur le recueil de données et le retour des utilisateurs.
L’offre premium est commercialisée depuis un an, et les retours sont excellents. Les utilisateurs ont tous été marqués par ce bilan de santé innovant. C’est assez saisissant, très révélateur, et cela incite et sensibilise les gens à s’occuper de leur santé. Nous avons réalisé une cinquantaine de bilans premium, et tous ont débouché sur des actions concrètes pour améliorer leur santé.
Travailler avec l’IA, c’était d’ailleurs presque une nécessité si l’on veut démocratiser la prévention.
Pour démocratiser la prévention en santé, faut-il absolument passer par la tech ?
Aujourd’hui, des centaines de millions de personnes posent des questions de santé à des IA génératives comme ChatGPT, en y partageant des données personnelles telles que leur bilan sanguin. Ce qu’elles y trouvent, c’est une réponse explicative instantanée. On ne peut pas placer un médecin derrière chaque personne pour répondre à toutes ses questions. Il est donc évident que l’IA va nous accompagner de plus en plus dans la préservation de notre santé. Maintenant, il faut avoir des modèles qui soient crédibles et fiables.
MyLifeCare propose un suivi fiable en respectant le secret médical.
Nous avons construit notre guide santé « Sky » à partir d’Agentforce, la solution d’IA conversationnelle de Salesforce, une plateforme déjà conforme au RGPD, certifiée HDS (Hébergeur de Données de Santé) et dotée de l’authentification multifacteur (MFA).
Concrètement, notre IA cherche dans les questionnaires et dans une base de données spécifique à la prévention que nous avons créée sur le Cloud. Si elle ne trouve pas la réponse, alors elle va sur un LLM (Large Language Model) de Google, de ChatGPT ou autre, trouver la meilleure réponse. La subtilité est que le LLM ne va pas sauvegarder les informations ou les questions qui ont été données.
Il y a un coût associé à cette technologie. C’est donc la raison pour laquelle chaque question posée sur notre plate-forme a un coût associé. Aujourd’hui je suis la seule à pouvoir donner l’accès aux données de santé partagées par les utilisateurs, uniquement aux médecins et aux infirmières.
Comment vous assurez-vous que l’IA apporte une vraie valeur de prévention en santé et ne reste pas un mirage technologique séduisant ?
Nous sommes une entreprise rigoureuse. On utilise le meilleur de la technologie, et les meilleures références médicales pour entraîner nos modèles d’IA. Et puis nous faisons très attention à ce qu’il n’y ait pas d’hallucination, de dérives ou de biais. Je pense que c’est important d’avoir des bases crédibles pour proposer ce service à des entreprises.
Une grande société d’assurance m’a demandé de mettre un humain dans le circuit. Par exemple si le mot « suicide » ou des mots du champ lexical de la dépression apparaissent plusieurs fois, on le partage à un professionnel de santé pour qu’il puisse accompagner cette personne. Mettre de l’humanité derrière l’IA est important.
Lorsque vous étiez chez Veolia, vous avez piloté à l’époque la plus grande installation de toitures solaires au monde, en Espagne. Que vous a appris un chantier de cette ampleur sur la conduite de grands projets ?
Premièrement la gestion du stress parce que nous avions une échéance à respecter. Nous travaillions avec des équipes américaines, françaises et espagnoles, le challenge était aussi au niveau de la langue. Mais je dirais que là où j’ai le plus appris, c’est de ne pas me lancer sans m’être assurée de maîtriser les risques. Il faut toujours faire ses propres recherches. Ce n’est pas parce que je ne fais pas confiance aux personnes, mais il y a toujours deux versions d’une histoire. C’est important de bien évaluer les risques avant de se lancer. Il y a deux ou trois décisions que j’aurais dû prendre en amont pour mieux sécuriser la suite. C’est quelque chose qui m’a beaucoup aidée dans ma carrière.
C’est un grand projet qui m’a aussi donné confiance pour prendre le risque d’entreprendre.
Qu’est-ce qui vous a décidé à quitter les grands groupes pour vous lancer dans l’entrepreneuriat ?
Mon père était entrepreneur mais je n’avais pas envie d’avoir la responsabilité d’être entrepreneur. On ne sait pas combien on va gagner, ni quand on pourra se payer, et il faut consentir des sacrifices. C’est pour ça que j’ai commencé dans les grands groupes, directrice de projet chez General Motors, puis directrice de projet et country manager dans les énergies renouvelables chez Veolia Environnement. Mais je me suis rendu compte qu’on n’avait pas la flexibilité de travailler sur ce qui nous tenait à cœur.
Avant de me lancer dans Energy Biomass Sourcing (EBS), ma première société, je voulais mettre toutes les chances de mon côté : j’avais un savoir-faire juridique, managérial et RH, mais il me manquait des connaissances financières. J’ai donc repris une formation « Finance pour dirigeants » à HEC.
Il y a des difficultés à lancer un projet, réussir à le vendre, convaincre les gens de payer pour un service qu’ils ne connaissent pas. Mais en contrepartie on a la liberté de construire nos journées. Aujourd’hui je suis attachée à cette liberté. C’est pour ça que je n’ai pas fait entrer d’investisseurs pour l’instant. J’aime prendre une décision et qu’elle soit adoptée dans la journée sans avoir à convaincre investisseurs ou managers. Je maîtrise les choses de A à Z.
Il y a cinq ans, j’étais chez EBS, la première société que j’ai fondée avec un associé. Je me suis demandé si je voulais passer mes 10 prochaines années dans ce milieu, ou bien si j’avais envie de contribuer à la société et trouver quelque chose de plus important. J’ai choisi la santé.
Quand on dirige une entreprise très masculine dans l’exploitation forestière, étant une femme, c’est vraiment très prenant. On gère toute la logistique derrière et ça met beaucoup de stress.
J’ai choisi la santé. Cette notion de bien-être a toujours été présente chez moi ; il fallait qu’elle se concrétise.
Vous avez développé votre leadership chez Veolia ; aujourd’hui, chez MyLifeCare, vous réunissez des domaines très différents. Quel type de manager étiez-vous, qu’avez-vous gardé, ou au contraire dû réinventer pour devenir la manager que vous êtes aujourd’hui ?
Dans les grands groupes les places de management sont rares et donc il faut penser à la fois à son travail et à sa carrière. On n’est pas toujours entièrement concentré sur le travail à faire. Alors que quand on est chef d’entreprise, on est 100 % focalisé sur ce qu’il faut faire, on n’a pas peur que quelqu’un vienne prendre notre place. Donc c’est une approche managériale qui est différente.
En revanche chez Veolia on apprend énormément en manageant les équipes. Souvent les gens disent « à la sortie des études, je veux être manager ». Mais manager des équipes c’est penser à leur bien-être, à leur évolution, à ce que le travail soit bien vu, à ce que les employés soient motivés, à gérer des problèmes entre les salariés, à décider entre les salariés parfois aussi pour une promotion, à garder motivée la personne qui n’a pas eu la promotion, à gérer aussi l’aspect commercial quand on a des commerciaux qui vont voir des clients.
Ça prend énormément de temps et il faut passer du temps avec chaque collaborateur. J’ai toujours fait des bilans de fin d’année car c’est important de faire le point sur ce qui va bien, ce qui va moins bien et comment la personne peut évoluer. Je trouve essentiel de donner au moins une fois par an un cap aux équipes qu’on manage.
En tant que femme, j’ai quasiment toujours managé des hommes. Je suis une manageuse qui écoute et qui ne fait pas de différence. Bien sûr, la promotion des femmes, j’y suis sensible. Je n’ai jamais été très émotionnelle, j’écoute, j’apporte du sens, j’accepte la situation et on avance. Je ne vais pas me mettre de doutes. Et je pense que ça a surtout aidé chez EBS, le fait de les écouter, de les rencontrer en allant sur le terrain, mettre ses bottes, son casque de chantier, de partager ça avec eux.
Comment MyLifeCare s’inscrit-elle dans les objectifs de la loi de financement de la Sécurité sociale de 2026 en termes de prévention ?
La prévention n’est pas remboursée par la Sécurité sociale donc j’essaie de créer des partenariats avec des mutuelles. Si elles investissent dans la prévention, normalement les cotisations vont baisser. Les dépassements de la Sécurité sociale et les budgets doivent mettre plus d’accent sur la prévention.
Quels sont les futurs projets ?
J’ai échangé avec Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France. Ils ont une ambition de programme sur le bien vieillir des seniors. Aujourd’hui je lui propose plutôt une approche IA simple à comprendre et qui accompagne des seniors sur comment rester en bonne santé. Sky est conversationnel, donc simple d’utilisation via WhatsApp. En fonction des besoins, nous enverrons également par mails des fiches pédagogiques qui expliquent les bons gestes.
Nous avons également un partenariat avec une grande mutuelle. Donc il pourrait y avoir des financements publics et privés qui viendront soutenir ces initiatives.
Vous avez participé à une table ronde organisée par EY à VivaTech 2026, un dernier mot sur l’IA.
J’ai toujours été curieuse d’esprit et j’aime les sujets un peu « out of the box ». En 1988, j’étais stagiaire chez General Motors et on m’a confié une mission autour de la tech, encore peu connue, où tout était à construire. Dans leur centre technique les personnes qui y travaillaient depuis 30-40 ans détenaient une connaissance très précise sur la sécurité des voitures. Une connaissance que l’entreprise risquait de perdre à leur départ en retraite.
J’ai donc passé plusieurs mois à interviewer, à comprendre leurs décisions, et j’ai essayé de cartographier ce savoir sous forme d’arbres décisionnels. Le cerveau humain est tellement complexe, qu’il a fallu des millions d’arbres décisionnels. J’ai écrit une thèse : la technologie peut-elle un jour aider la décision humaine ? À l’époque, on avait des ordinateurs et des algorithmes, mais pas encore l’IA générative. On pouvait conserver une partie de notre réflexion dans la tech, en revanche ce n’est pas encore assez évolué pour remplacer une personne.
Je pense que l’IA va bouleverser la société de demain en termes d’emploi, de management et de connaissances. Aujourd’hui on parle de management d’hommes et de femmes. Les managers ne savent pas comment intégrer l’IA parce que c’est très vague. L’un des plus grands défis des managers et des dirigeants, c’est de comprendre comment utiliser l’IA pour améliorer les processus de sa société et sa rentabilité sans mettre tout le monde à la porte. Moi je fais partie des nouveaux managers, je manage à la fois des hommes et des femmes mais aussi des agents IA, c’est un nouveau style de management.
Nos remerciements à Christine Hanon, fondatrice et CEO de MyLifeCare. Propos rapportés par l’équipe de manager.one