SafyPower révolutionne la recharge des batteries de vélo électrique en entreprise, avec une station connectée et sécurisée.
Pour le Journal du Manager, Lucas Benacom, fondateur de SafyPower, nous expose les ambitions d’une start-up qui répond à un problème du quotidien jusqu’alors peu adressé : comment recharger sa batterie de vélo électrique en toute sécurité sur son lieu de travail ? Il nous livre sa vision, les choix stratégiques qui ont orienté le développement de l’entreprise, et les perspectives qui s’ouvrent aujourd’hui à SafyPower.
SafyPower, qu’est-ce que c’est ?
SafyPower est la première station connectée dédiée à la recharge des batteries de vélo électrique. Notre objectif est simple : mettre fin à la recharge sur prise classique.
Quel problème avez-vous identifié sur le terrain avant de vous lancer ?
À l’origine, c’est une expérience personnelle. Je me déplace à deux roues depuis mon plus jeune âge : vélo, trottinette, scooter, moto, électrique ou thermique. En moto, on se retrouve systématiquement avec un casque encombrant sur les bras, sans solution pour le stocker en sécurité. À vélo électrique, c’est la batterie qui pose problème : lourde, difficile à transporter, sans solution de rangement ou de recharge adaptée.
Le vrai déclic est survenu il y a environ trois ans, quand j’ai offert un vélo électrique à ma mère. Le premier jour où elle est allée travailler avec, on lui a clairement signifié que son vélo resterait dehors, et que sa batterie ne serait ni admise dans les locaux ni rechargée sur place. C’est là que j’ai réalisé qu’il existait un vrai marché du côté des entreprises, avec un besoin concret et non adressé. C’est de là qu’est née SafyPower.
Sur le plan technique, comment fonctionne votre station ?
L’idée de départ était de concevoir quelque chose de simple pour l’utilisateur comme pour le gestionnaire : un casier intuitif, mais entièrement sécurisé.
Chaque station est équipée de détecteurs de fumée, de capteurs de température, ainsi que d’une protection complète contre les surtensions et les surcharges. La sécurité n’est pas un ajout : c’est le cœur du produit, et c’est précisément ce qu’attendent nos clients.
La station est également connectée à un tableau de bord qui permet de recevoir des alertes en temps réel, aussi bien sur l’utilisation que sur les paramètres de sécurité. L’objectif est d’être proactif face aux risques qui constituent aujourd’hui la principale préoccupation de nos clients.
Entre le premier prototype et la version actuelle, le produit a-t-il profondément évolué ?
Nous faisons évoluer nos produits au fil des retours et des demandes de nos clients. C’est d’ailleurs l’un d’entre eux qui a dessiné l’un de nos modèles les plus aboutis. Cette approche reflète notre philosophie : accompagner nos clients avec des solutions sur mesure, qui viennent ensuite enrichir notre catalogue de manière naturelle.
Au départ, nous proposions un seul modèle. Progressivement, nous en avons développé trois, chacun né d’un besoin concret exprimé sur le terrain. Les différences portent principalement sur la taille des casiers et leur capacité : certains clients ont opté pour des stations de cinq emplacements, d’autres pour dix, d’autres encore pour des configurations plus importantes. L’objectif est de nous adapter aux contraintes propres à chaque site.
Quel est votre modèle économique, achat unique ou abonnement ?
Notre modèle est celui de l’abonnement, ou plutôt de la location de service. Le client ne paie pas simplement pour un équipement : il souscrit à une offre qui inclut la station, la maintenance et l’ensemble de la partie logicielle. C’est ce que nos clients attendent : ils achètent un service, pas un produit.
Nos contrats sont aujourd’hui majoritairement conclus sur des durées de 48 mois.
Quels sont vos principaux concurrents ? Comment vous différenciez-vous ?
Des concurrents commencent à émerger, c’est le signe que le marché est porteur et prometteur. Mais c’est aussi un marché qui demande beaucoup de travail, et dont les barrières à l’entrée sont plus élevées qu’il n’y paraît.
Si c’était à refaire, je n’y retournerais pas les yeux fermés. Combiner hardware et software, c’est déjà un défi en soi. Y ajouter une exigence de sécurité forte, des normes strictes à respecter, c’est se retrouver face à un produit extrêmement technique. C’est précisément ce niveau de complexité qui constitue notre meilleure protection contre la concurrence.
Sur la partie technique, nous avons travaillé avec des ingénieurs spécialisés. Et comme tout entrepreneur, nous avons beaucoup appris en avançant.
Quelle stratégie avez-vous adoptée pour conquérir vos premiers clients ?
La première arme, c’est le téléphone. Décrocher, appeler directement, demander si le besoin existe, c’est ce qui fonctionne le mieux. Il n’y a pas de secret.
Nous avons également participé à de nombreux salons et événements professionnels, en France comme à l’étranger. Mais le contact humain reste, de loin, le levier le plus efficace.
Cela dit, le produit commence à parler de lui-même. Nous sommes de plus en plus sollicités, portés par un besoin qui s’affirme chez les entreprises.
Le Trophée des Achats, qu’est-ce que cela représente pour SafyPower ?
Ce trophée s’inscrit dans l’univers des achats responsables et de l’environnement de travail, un secteur qui regroupe tous les professionnels en charge de ces enjeux au sein des grandes organisations. Nous y figurons dans la catégorie des achats innovants, ce qui fait sens au regard de ce que nous proposons.
C’est aussi un formidable levier de visibilité. Les responsables achats et environnement de travail ont aujourd’hui de vraies exigences à satisfaire : répondre aux besoins actuels et anticipés de leurs collaborateurs, sur des sujets aussi bien pratiques que sécuritaires. Ce type d’événement nous permet de les rencontrer, de leur présenter notre solution, d’abord indirectement, par la reconnaissance que confère le trophée, puis directement, dans les échanges qui s’ensuivent.
La Fondation Dauphine vous a accordé une bourse, qu’est-ce que cela a changé dans la trajectoire de SafyPower ?
L’incubateur de Dauphine (qui fait partie de la Fondation Dauphine), c’est avant tout un bel écosystème. L’accompagnement y est sérieux, avec des experts sur des sujets très variés et des entrepreneurs qui partagent généreusement leur expérience. Il y a aussi une dimension financière, à travers des concours et des bourses, dont la Bourse Coup de Pouce que nous avons remportée.
Mais ce que j’en retiens, c’est que le gain ne se résume pas au prix financier. Derrière, il y a un accompagnement humain : quelqu’un qui connaît bien notre secteur et qui nous suit désormais dans notre développement. Et c’est peut-être ça le plus précieux. L’argent, c’est utile, encore faut-il savoir l’utiliser.
Dans cinq ans, qu’est-ce que SafyPower ?
L’ambition, c’est d’être la référence sur le marché des solutions de stockage et de recharge pour batteries de vélo électrique, et d’équiper un maximum d’entreprises.
Le besoin est réel et croissant : de plus en plus de collaborateurs viennent travailler à vélo, parfois encouragés par leur employeur via le forfait mobilité durable. Mais quand on vous finance un vélo électrique et qu’on vous interdit ensuite d’apporter votre batterie dans les locaux ou de la recharger sur place, c’est un frein considérable. C’est exactement ce problème que nous voulons résoudre.
Au-delà du vélo électrique, nous avons également des ambitions sur le marché de la moto. Certains modèles permettent déjà de retirer la batterie, et les constructeurs travaillent activement sur ce sujet. Nous collaborons avec eux sur plusieurs projets, des projets inscrits dans le long terme. L’idée, au fond, est de répondre à l’ensemble des besoins de stockage et de recharge pour batteries lithium.
Vous avez bénéficié de soutiens publics (BPI France, la Mairie de Paris). Est-ce le signe que les collectivités pourraient, à terme, subventionner le déploiement de vos stations, et démocratiser l’accès à ces solutions ?
Nous avons effectivement bénéficié de soutiens publics, sous forme de subventions, d’un accompagnement financier, pas d’un partenariat commercial au sens strict.
Et oui, ce modèle pourrait tout à fait se généraliser. Dans d’autres pays, des subventions publiques existent déjà pour encourager l’installation de ce type de solution. C’est une logique qui fait sens : il est bien plus rentable pour une collectivité de financer une infrastructure de recharge sécurisée que de gérer les conséquences d’un incendie lié à une batterie mal chargée.
New York en est l’exemple le plus frappant. La ville a été confrontée à une vague d’incendies causés par des batteries lithium, un phénomène qui a conduit les autorités à investir massivement pour maîtriser le problème. C’est une prise de conscience que nous espérons voir se diffuser en France également.
Un conseil à un entrepreneur qui se lance aujourd’hui ?
Se lancer pendant ses études, parce que c’est clairement le meilleur moment. Quand on est étudiant, on n’a quasiment aucune contrainte. Du temps, un écosystème, des ressources, tout est là. Si vous avez cours le matin et que vous êtes libre à partir de 14 h, vous avez tout ce qu’il faut pour lancer votre entreprise jusqu’à minuit. Parce que se lancer une fois en poste, c’est possible, mais les journées deviennent vite très complexes à gérer.
Nos remerciements à Lucas Benacom, Fondateur de SafyPower. Propos rapportés par l’équipe de manager.one