Lagardère Paris Racing est un club sportif privé du groupe Lagardère, installé à la Croix Catelan, dans le bois de Boulogne, sous concession de la Ville de Paris. Il réunit aujourd’hui une communauté de 14 000 membres.
Pour le Journal du Manager, Benjamin Boulanger, directeur de Lagardère Paris Racing, revient sur l’héritage du club et sa relation avec les membres, explique comment les partenariats et les événements comme le Trophée Clarins font vivre le club, et partage son regard sur un métier de service exigeant.
Comment êtes-vous arrivé au Lagardère Paris Racing, et comment devient-on directeur de ce club ?
Cela fait vingt-cinq ans que je suis dans le groupe Lagardère, où j’ai occupé différentes fonctions. Avant le départ d’Éric Deblicker, j’ai travaillé à ses côtés en tant que directeur d’exploitation, de 2014 à 2017. Lorsqu’il est parti à la retraite, le groupe avait deux options : recruter en externe, ou me faire évoluer en interne. On m’a donné l’opportunité de prendre sa succession, et c’est ainsi que je suis arrivé à la tête de ce club.
Que retenez-vous de l’histoire du club et de l’héritage que vous avez eu à gérer en arrivant à sa tête ?
Le groupe Lagardère a été précurseur dans le sport en France. Aujourd’hui, on voit des acteurs privés racheter des clubs de football ou investir dans le sport en tant qu’entreprises privées, mais il y a encore vingt ans, le sport restait très majoritairement associatif. Lagardère a été pionnier sur ce terrain, à l’époque du « Team Lagardère ». L’idée d’Arnaud Lagardère était d’offrir une nouvelle opportunité de structure d’entraînement à des sportifs de haut niveau et en formation. Une cellule s’occupait ainsi des plus grands joueurs de tennis français, comme Richard Gasquet ou Gaël Monfils, avant de s’étendre à d’autres disciplines comme l’athlétisme.
Cette stratégie a toutefois été interrompue, notamment en raison de la construction du stade Jean Bouin, qui a remis en cause la configuration structurelle de l’espace. Le sport en France reste par ailleurs très associatif et largement géré par les fédérations et les clubs, qui ont probablement été bouleversé par ce nouvel acteur du sport. C’est aussi dans cette volonté de développer une autre approche qui a conduit le groupe Lagardère à la Croix Catelan en ayant comme souhait de créer un véritable lieu de sport de haut niveau. Malheureusement deux facteurs en ont limité la réalisation, la réglementation du bois, qui n’autorisait pas certains travaux, et la nécessité d’infrastructures plus importantes.
Comment fonctionne le modèle de concession sportive à Paris, sur lequel repose l’exploitation du club ?
Le club fonctionne sur un contrat de concession accordé par la Ville de Paris,, un modèle assez répandu pour les concessions sportives dans la capitale. La Fédération Française de Tennis, par exemple, s’appuie sur le même principe ; le stade Roland-Garros appartient à la Ville de Paris. Il en va de même pour les autres clubs sportifs parisiens. Dans ce type d’appel d’offres public, un nouvel acteur peut à tout moment se positionner et déposer un dossier face à l’exploitant en place.
Comment s’est construite la relation entre le groupe Lagardère et les membres au fil des années ?
Certains choix faits dans les premières années de la reprise du club par Lagardère ne répondaient pas toujours pleinement aux attentes des membres. Dans une structure associative, ceux-ci ont naturellement le sentiment de participer aux décisions, un peu comme en politique, où chacun a un avis sur chaque décision. Le groupe a eu besoin de plusieurs années pour ajuster son approche, et pour faire comprendre qu’un membre reste un membre du club avec un sentiment d’appartenance fort, mais que c’est le groupe privé qui finance les travaux et définit la stratégie.
Ces premières années ont donc nécessité une phase d’adaptation, notamment pour les membres les plus anciens, habitués à peser sur les décisions de la Croix Catelan, face à un groupe privé qui posait sa stratégie et son mode de fonctionnement.
Depuis votre arrivée à la direction, quelle a été votre approche pour rétablir cet équilibre avec les membres ?
L’objectif a toujours été double : placer le sport au cœur du projet, et être à l’écoute des membres, en prenant toujours en considération l’intérêt collectif et non l’intérêt individuel. La décision d’investir dans un nouvel espace de de padel à deux ans et demi de la fin de la concession est l’exemple même. Il répond ainsi à une demande réelle, même si certains membres estiment que ce sport fait trop de bruit ou ne correspond pas à l’esprit de la Croix Catelan. Il faut savoir assumer ce type de choix.
C’est là, je crois, la principale difficulté du poste : il faut à la fois écouter les attentes des membres et rester ferme, en s’assurant que ces attentes correspondent bien à celles du plus grand nombre.
Vous avez notamment travaillé à reconquérir les plus jeunes membres. Comment ?
À ma prise de fonction, nous perdions beaucoup de membres dans la tranche des 16-25 ans : des jeunes partis faire leurs études, puis leur premier emploi, qui ne revenaient pas au club faute d’activités adaptées. C’est notamment pour cette raison que nous avons développé l’offre de fitness, créé de nouveaux cours, organisé des évènements comme les apéros du jeudi. L’idée était d’éviter une fracture entre les générations, et de proposer un club vivant, où les plus jeunes puissent se retrouver.
A travers ces évolutions, le club est devenu encore plus sportif. Avec une offre étoffée, plus de 200 cours de fitness proposés, une piscine ouverte toute l’année et des cours de tennis et des pistes de padel toujours occupés. L’évènementiel sportif est venu dynamiser la vie du club chaque week-end, permettant ainsi aux membres de se mélanger.
Cela prouve que l’attrait pour le sport s’est renforcé, et que la fracture générationnelle d’il y a quelques années a largement disparu.
Le club a vu passer de grandes stars comme Richard Gasquet ou Serena Williams, qui est même venue s’entraîner ici. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Le haut niveau est essentiel, parce que c’est aussi ce que chacun recherche dans son propre métier : on commence à un certain poste dans une entreprise, avec l’envie d’avancer et de progresser. La force de ce lieu est de réunir ce qu’il y a de meilleur, nous essayons en tout cas de l’offrir, même s’il reste évidemment des choses à améliorer. En matière d’infrastructures et de qualité de service, la qualité de nos membres est remarquable, et c’est là tout le point commun avec le haut niveau sportif : le jeune qui intègre une grande école est, à sa manière, un sportif de haut niveau. Rassembler ces valeurs du haut niveau, qu’il s’exprime à l’école, au travail ou dans le sport, est particulièrement intéressant.
Être au contact de personnes brillantes intellectuellement, sportivement, dans le goût de l’effort, fait selon moi partie de l’ADN du club. Quand on a la chance d’échanger avec certains des plus grands dirigeants français ici présents, on retrouve toujours le même point commun : le travail et le goût de l’effort. Ce sont les mêmes qualités qui permettent d’intégrer une grande école française que celles qui font un Serena Williams ou un Richard Gasquet.
Vous développez de nombreux partenariats, notamment avec Neubauer ou Clarins. Qu’est-ce que ces partenariats vous apportent, et qu’apportez-vous en retour ?
Ces partenariats font partie des évolutions apportées au club ces dernières années. Ils nous permettent d’abord d’animer la vie du club : si l’on prend un peu de recul, on constate qu’il se passe quelque chose chaque semaine, chaque week-end. Nos partenaires apportent une dimension évènementielle forte.
Ils nous permettent aussi de financer des évènements majeurs, comme la mise en place d’un tournoi international de tennis, qui illustre bien l’ADN du club. Pour organiser un tel tournoi, deux options se présentaient à nous : augmenter les cotisations, ou s’appuyer sur des partenariats. Nous avons trouvé plus judicieux de privilégier la seconde option. Nos partenaires y trouvent de la visibilité, une exposition, et l’accès à une communauté de 14 000 membres qui constitue leur clientèle. De notre côté, nous veillons à rester agiles sur ce terrain : nous ne voulons pas devenir un simple support commercial, mais trouver des moyens de donner de la visibilité à un partenaire sans jamais gêner la tranquillité des membres.
C’est dans cet esprit que nous sommes en train de créer notre second évènement : une course de 10 km, organisée au profit de l’association Premiers de Cordée, qui œuvre pour permettre aux enfants hospitalisés ou en situation de handicap d’accéder au sport.
Concernant le Trophée Clarins, comment est-il né, et comment un événement d’une telle envergure a-t-il pu voir le jour ici ?
Il est né parce que l’équipe est ambitieuse et aime développer des projets, nous n’aimons pas voir le club rester statique. Nous trouvions dommage qu’une structure comme Lagardère Paris Racing ne soit pas associée à un évènement sportif : cela nous semblait incohérent. Quand nous avons lancé ce tournoi, il y a cinq ans, deux options s’offraient à nous : passer par une agence qui l’organiserait, en prêtant le site et en récupérant l’image, ou en faire un outil de team building pour les équipes internes.
J’ai choisi cette seconde option, qui me semblait la meilleure solution. Elle a permis, par exemple, aux responsables des ressources humaines de travailler avec les équipes des espaces verts, en participant à l’entretien des terrains pendant une dizaine de jours. Cela a été un formidable outil pour réunir les équipes : chaque métier s’est vu confier une mission propre à l’évènement, préparée tout au long de l’année et différente de son quotidien. Cela permet de fédérer des personnes qui n’avaient pas l’habitude de travailler ensemble, et cela a apporté une dynamique incroyable au club. La nouvelle édition se prépare déjà, l’an prochain nous ferons évoluer le village et les tribunes du court central.
Vous ne cessez d’innover, les 10 km, le Trophée Clarins… D’où vient cette dynamique ? Vous inspirez-vous d’autres clubs, d’autres cultures ?
Je fais chaque année un voyage pour aller visiter différents clubs, et j’essaie d’aller y puiser de bonnes idées. J’aime écouter, découvrir et rencontrer. Je pense qu’il faut toujours rester humble dans la vie, simplement s’inspirer des autres.
Notre communauté de membre est d’une richesse incroyable, bien qu’elle soit parfois délicate et terriblement exigeante, cette dernière nous pousse vers le haut. Je pense que l’une des difficultés du passé a justement été de considérer les membres comme des interlocuteurs difficiles, alors que c’est passionnant d’échanger avec eux : ils sont brillants. Il faut évidemment faire la part des choses, mais cette exigence nourrit véritablement le club.
C’est un peu la même logique qu’avec un manager exigeant : soit on le vit comme une contrainte, soit on y voit une opportunité. Dans la vie, il y a une majorité de personnes qui considèrent qu’un manager exigeant est inadapté, et une minorité qui comprend que cette exigence tire vers le haut. Ce sont précisément ces personnes-là que l’on retrouve, des années plus tard, à des postes de responsabilité, car avancer suppose de savoir affronter les situations. La qualité de nos membres nous pousse ainsi à ne jamais nous arrêter, ce qui peut aussi être exigeant pour nos équipes, davantage exposées ici qu’ailleurs, notamment parce que les membres ne sont pas toujours courtois. Le sport reste malgré tout un exutoire pour beaucoup d’entre eux, ce qui explique certaines tensions ponctuelles, vite retombées.
C’est un univers exigeant, mais c’est aussi ce qui en fait la richesse.
Y a-t-il un échange ou un moment particulièrement marquant que vous souhaiteriez partager ?
Plusieurs moments m’ont marqué, mais celui qui reste sans doute le plus fort, et qui a aussi permis de rapprocher notre communauté de membres, c’est la période de la Covid.
Nous avons été l’un des seuls clubs à rester ouverts. Nous avons transformé le bassin en installant des vestiaires extérieurs, couverts mais non fermés, pour respecter la réglementation, et permettre à nos membres de continuer à pratiquer une activité sportive sur prescription médicale. C’était une période particulière. Mais nous avons pris le décret, l’avons analysé, et avons agi dans le cadre de ce qui était autorisé. Nous n’avons d’ailleurs jamais été inquiétés sur ce point, bien au contraire, nous sommes devenus une piscine pilote pour le ministère des Sports au moment de la réouverture progressive du sport, avec la mise en place de vestiaires provisoires permettant un retour rapide à la piscine.
Cet épisode a envoyé un signal fort à l’ensemble de notre communauté de membres, et les équipes elles-mêmes y étaient très attachées. C’était une période sans recul ni expérience comparable, où personne ne savait vraiment où l’on allait. Nos équipes ont pourtant répondu présentes dès qu’il a fallu reprendre le travail, et je pense que cela a contribué à rassembler tout le monde.
Ce qui est intéressant, chez nous, c’est que lorsqu’un projet aboutit en interne, les équipes sont pleinement associées à cette réussite, ce qui est particulièrement valorisant. Nos membres, de leur côté, savent aussi reconnaître ce qui fonctionne bien. C’est un métier particulier, où l’activité ne s’arrête jamais vraiment, y compris le week-end. Cela demande d’être passionné, et de comprendre que la vie ici est sans doute différente d’autres univers professionnels : c’est avant tout un métier de service.
Nos remerciements à Benjamin Boulanger, Directeur du Lagardère Paris Racing. Propos rapportés par l’équipe de manager.one