ExtraStudent, la plateforme qui réinvente l’orientation et la révision : Rencontre avec Jules Simiand, fondateur

ExtraStudent : Jules Simiand

ExtraStudent réinvente l’orientation scolaire et la révision à l’ère digitale, en connectant élèves et établissements sur une même plateforme.

Pour le Journal du Manager, Jules Simiand, fondateur d’ExtraStudent, nous raconte la trajectoire d’un entrepreneur qui a tout misé très tôt. À 17 ans, en plein confinement, il identifie un manque criant : aucun outil ne permet vraiment aux élèves de s’orienter, de comparer les écoles et de réviser efficacement au même endroit. Cinq ans plus tard, ExtraStudent est devenu un groupe éducatif. Il regroupe une application d’orientation et de révision, un média suivi par des milliers de jeunes sur les réseaux sociaux, et une école qui ouvrira bientôt à Paris. Il nous livre sa vision, les choix stratégiques, dont l’abandon de ses études et le rachat de MyOrientation, et ce qu’il a appris, parfois à la dure, en construisant une entreprise sans filet.

ExtraStudent, qu’est-ce que c’est ?

ExtraStudent est un groupe éducatif fondé en 2020, dont la vocation première est d’accompagner les élèves et les étudiants dans leurs révisions et leur orientation. Il se décline aujourd’hui en plusieurs entités : 

  • Une application d’orientation scolaire et de révision
  • Un média présent sur les réseaux sociaux, ExtraStudent Média, qui traite d’éducation, d’orientation et de vie étudiante, et plus largement de tous les sujets qui concernent les jeunes
  • Une école va également ouvrir ses portes à la rentrée prochaine

En plein confinement, à 17 ans, naît l’idée d’Élèves Solidaires. Qu’est-ce qui a vraiment déclenché ce projet ?

C’est avant tout une observation. J’avais identifié une opportunité : il n’existait pas vraiment d’équivalent à LinkedIn pour les élèves et étudiants, non pas pour les aider à trouver un emploi, mais pour les accompagner dans le choix de leur école ou dans leur parcours scolaire. Cette idée mûrissait déjà, mais c’est le Covid qui a tout accéléré. Face à une situation où 9 à 10 % des élèves décrochaient scolairement, j’ai compris que c’était le bon moment pour agir. C’était maintenant ou jamais. Le projet est donc né d’un constat, et la suite a semblé presque logique.

Abandonner ses études pour se consacrer pleinement à son entreprise, c’est un pari risqué. Qu’est-ce qui a fait basculer cette décision ?

L’école de commerce ne me correspondait pas vraiment. Au bout de trois mois, j’ai réalisé que ce rythme parfois trop calme et passer trois à cinq ans sans vraiment me confronter à des défis concrets, ce n’était pas fait pour moi. Je suis quelqu’un d’hyperactif, j’ai besoin de sens dans ce que je fais, d’y mettre de l’énergie. Et surtout, j’avais envie de travailler. Très tôt, j’ai multiplié les petits jobs, serveur, travail en usine, baby-sitter etc. Alors quand j’ai regardé ce que j’avais devant moi, le choix s’est imposé assez naturellement : si un projet méritait que je m’y consacre pleinement, c’était celui-là. On verrait bien où il m’emmènerait, mais au moins, ça me donnait une raison de continuer.

De votre propre aveu, il n’y avait pas de business model au départ. Est-ce que cette absence de cadre s’est finalement révélée un atout ou un handicap ?

Au départ, l’absence de business model a clairement été un atout. Quand ton seul indicateur, c’est l’audience et non le revenu, tu te concentres sur l’essentiel : comprendre ta cible et développer ton concept. C’est d’ailleurs un problème récurrent dans les applications, notamment les apps sociales. Dès qu’elles cherchent à monétiser, elles altèrent ce qu’on appelle la « primitive », la raison d’être profonde du produit. Partenariats, publicités, fonctionnalités payantes : tout cela finit par freiner la croissance organique. Ne pas avoir ce cadre m’a permis de mieux adresser ma cible et de croître en audience plus librement.

En revanche, cela a aussi été un handicap sur le plan commercial. Je ne savais pas vendre. Je savais convaincre, négocier, créer des rapports de force, mais la vente au sens strict, ça s’apprend, et ça m’a manqué. Pour être honnête, je ne suis pas un génie : je suis quelqu’un de très curieux, qui s’intéresse à tout, et quelqu’un de rigoureux jusqu’à la paranoïa. Je relis mes présentations des dizaines de fois et je les fais relire. J’enregistre aussi mes échanges clients pour ne rien laisser au hasard.Et je me fixe comme étalon non pas un entrepreneur de mon âge, mais le meilleur de mon secteur, avec quinze ans d’expérience de plus. C’est cette exigence qui compense l’absence de formation.

C’est pourquoi je ne conseille pas à tout le monde de quitter les études pour entreprendre. Si vous avez un mentor, un associé plus expérimenté, un directeur commercial aguerri, alors oui, lancez-vous. Sinon, la première entreprise sera presque toujours un échec d’apprentissage. Ce que j’ai construit au début n’a rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui : je suis parti d’une application sociale, et j’ai aujourd’hui un outil de révision, un média et une école en cours de lancement. C’est toujours la même structure, les mêmes investisseurs, le même capital, mais le projet a profondément évolué.

Comment s’est passé le tout début, pour trouver les premiers utilisateurs?

Les premiers utilisateurs sont arrivés via les réseaux sociaux, principalement Instagram et TikTok. La clé, c’est d’avoir un message clair et accrocheur : qui tu es, ce que tu proposes. Pour nous, c’était simple, un réseau de révision donnant accès à 1 000 fiches gratuites dès l’inscription. Ce message a bien fonctionné, et la portée naturelle des réseaux nous a permis d’atteindre très rapidement nos 100, 200, puis 300 premiers utilisateurs, et maintenant une communauté entière.

Parcoursup est censé résoudre le problème de l’orientation. Où ExtraStudent s’insère-t-il dans ce parcours, et qu’est-ce qu’un établissement vient y chercher ?

ExtraStudent intervient principalement en amont de Parcoursup, pendant la phase de réflexion et de choix. Sur l’application, un élève peut comparer des écoles, par exemple Sciences Po et HEIP, et échanger directement avec elles. Il peut aussi consulter des données concrètes : taux d’employabilité, langues enseignées, formations proposées, critères d’admission. L’idée, c’est d’éclairer le choix avant qu’il soit fait. Une fois les vœux validés, notre valeur ajoutée sur la partie orientation s’arrête.

Du côté des établissements, la logique est complémentaire : ils rejoignent ExtraStudent pour travailler leur acquisition, élargir leur base de prospects, entrer en contact avec des élèves qualifiés et, à terme, augmenter le nombre de candidats qui rejoignent leurs promotions. En résumé : recruter mieux, et recruter plus.

Le rachat de MyOrientation en 2025 marque un tournant dans la stratégie d’ExtraStudent. Qu’est-ce que cette acquisition change fondamentalement pour vous ?

Au départ, j’avais une vision de « build-upper » : racheter plusieurs marques, les opérer indépendamment et les regrouper sous une structure multi-marques appelée ExtraStudent. MyOrientation s’inscrivait dans cette logique. Mais assez rapidement, j’ai réalisé que cette approche ne tenait pas. Le marché n’est pas suffisamment large pour diluer ses activités entre plusieurs petites entités qui génèrent chacune un chiffre d’affaires modeste. Il valait mieux consolider une seule marque forte.

On a donc fusionné les comptes et les activités, et rebrandé MyOrientation en ExtraStudent Média. Au bout d’un an, le bilan est clairement positif : le discours est unifié, les gens comprennent beaucoup plus facilement ce qu’on fait, et ça se traduit directement dans les ventes.

Combien d’établissements partenaires avez-vous? Quels objectifs? Où en est-on aujourd’hui, et quel est le principal frein à la signature ?

Nous travaillons aujourd’hui avec plus de 50 établissements partenaires. Mais la croissance du nombre de partenaires n’est pas une fin en soi : nous tenons à maintenir un niveau d’exigence sur la qualité des écoles avec lesquelles nous collaborons. Peu importe leur taille, certaines petites écoles sont excellentes, ce qui compte, c’est leur démarche pédagogique. Nous privilégions les établissements labellisés par la Conférence des grandes écoles, notamment en management. L’objectif est d’élargir notre base de prospects tout en restant cohérents avec notre positionnement éducatif.

Sur les freins à la signature, le contexte joue un rôle important. Le marché est sous pression : la démographie pèse, et beaucoup d’établissements traversent une période difficile. Par ailleurs, le secteur de l’orientation s’est densifié, une dizaine d’acteurs se positionnent aujourd’hui sur ce marché, ce qui signifie que certains établissements mettent plusieurs prestataires en concurrence avant de s’engager.

À 23 ans, gérer des investisseurs qui ont parfois 40, 50 ans n’est pas une position évidente. Comment se tient-on dans les moments de désaccord ?

Face à des investisseurs qui ont vingt ou trente ans d’expérience de plus, la clé n’est pas de chercher à les égaler sur tous les plans, c’est impossible. C’est d’identifier ses propres points forts et d’en faire ses armes dans la discussion. Une réunion, une négociation, c’est avant tout un rapport de force : qu’est-ce que j’apporte à l’autre que personne d’autre ne peut apporter ? C’est sur cette base qu’on peut s’asseoir à la même table, quel que soit l’écart d’âge ou d’expérience.

Ce matin encore, je déjeunais avec un entrepreneur aguerri et une sénatrice. Ce qui permet de se tenir à leur hauteur, ce n’est pas l’ancienneté, c’est la clarté de ses arguments et la maîtrise de son domaine.

C’est d’ailleurs un conseil que j’adresse volontiers aux jeunes. Ne perdez pas d’énergie à corriger vos points faibles qui le resteront probablement. Investissez sur vos points forts jusqu’à en être le meilleur. Si vous êtes passionné d’économie mais peu à l’aise avec les maths, devenez le meilleur en économie, ne cherchez pas à devenir une machine en maths. Dans le monde professionnel, on recherche des gens excellents sur des sujets précis. Si vous voulez être chief data, soyez le meilleur en data. Si vous visez le marketing, maîtrisez le marketing mieux que quiconque.

L’entrepreneur, c’est un peu différent : il doit avoir une vision d’ensemble, comprendre tous les sujets sans forcément les maîtriser en profondeur. Mais pour quelqu’un qui intègre une entreprise et veut y compter, la spécialisation reste la voie la plus sûre pour négocier en position de force.

Quelle est la décision la plus difficile prise depuis le lancement ? Ou juste une décision qui t’a marqué et que tu souhaiterais nous partager.

Les décisions les plus difficiles, ce sont celles qui touchent aux personnes.
Annoncer la fin d’une période d’essai, un licenciement ou une rupture conventionnelle est toujours éprouvant, surtout quand on est jeune et qu’on entreprend pour la première fois. On n’a pas envie de faire mal, on n’a pas envie de décevoir quelqu’un qui avait placé sa confiance en vous. Mais parfois, les réalités de l’entreprise rattrapent les relations humaines. Le monde professionnel ne fait pas de faveurs sur ce point.

Nos remerciements à Jules Simiand, Fondateur d’ExtraStudent. Propos rapportés par l’équipe de manager.one

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