Explora Project, l’agence d’aventuriers engagés pour la planète : Rencontre avec son co-fondateur et CEO, Stanislas Gruau

Co-fondée en 2018 par Stanislas Gruau, Explora Project est une agence de voyages spécialisée dans l’aventure. Sa particularité ? Proposer des expéditions et une expérience de dépassement de soi, tout en préservant l’environnement.

Pour le Journal du Manager, Stanislas revient sur son parcours atypique et son désir de faire évoluer le marché du voyage.

Quel est votre parcours ?  

Après un baccalauréat scientifique, j’ai effectué une classe préparatoire à Versailles, puis j’ai ensuite intégré l’EDHEC en 2006. Cela a duré 3 ans, je n’ai pas fait de césure ni même de stage, mais je fus président de l’association Course Croisière EDHEC. L’école validait ce poste de président comme une expérience professionnelle. J’ai terminé mes études à 21 ans, et pendant 9 ans j’ai fait du trading de matières premières. J’ai commencé à la BNP pendant une année, mais j’ai travaillé principalement chez Cargill, une grande multinationale américaine qui m’a amené à Londres, à Paris et à Genève. J’ai intégré très jeune cette entreprise, je suis passé par le Graduate Program jusqu’à devenir à 28 ans, patron du trading européen à Genève. Ce fut un poste à très grande responsabilité, j’étais en charge de 17 pays et d’une équipe d’une centaine de traders. J’ai tenu ce poste pendant 2 ans, puis à 30 ans, il y a eu la naissance de ma première fille.

J’ai dû déposer ma démission à trois reprises avant qu’elle soit acceptée. J’avais déposé une première démission en 2012 pour lancer Explora Project, mais elle fut refusée. Ma deuxième demande était en 2014 mais Cargill m’a challengé en me proposant ce poste de Trading Manager Européen. Finalement, je suis parti pour de bon en 2018 afin de commencer l’aventure Explora Project.

Quelle relation entretenez-vous avec le sport ?

En parallèle de mon parcours professionnel, j’ai toujours pratiqué beaucoup de sport. J’ai commencé la course à pied durant mes années parisiennes, notamment quand j’ai commencé à travailler en salle de marchés, où j’avais un rythme très soutenu. Je courais donc la nuit parce que je terminais ma journée de travail tard le soir. Cela a commencé par des courses d’une heure puis ensuite de deux… J’avais une telle dose de dopamine durant cette vie là, due au stress et à l’excitation des journées, que je ne trouvais pas le sommeil. J’allais donc courir, et plus je courais, plus je libérais de l’endorphine, et plus j’avais du mal à m’endormir. Pendant la semaine, je dormais seulement 3h par nuit et je m’écroulais le week-end.

Je rentrais du travail tous les soirs en courant, en sachant que Cargill se situait à Saint-Germain-en-Laye et que mon domicile était Place Iéna dans le 16e arrondissement. Je faisais donc 22 km tous les jours de la semaine et le week-end, je ne me reposais pas car je faisais des marathons le samedi ou le dimanche. J’ai eu ce rythme pendant 2 ans, c’était assez particulier. J’étais devenu une machine de course à pied, je pouvais courir n’importe quand, je n’étais jamais fatigué, c’était en tout cas l’impression que j’avais. Je ne courais pas très vite mais je pouvais courir très longtemps. J’ai déjà couru 100km, 200km, 300km. J’ai également traversé la Bretagne. Depuis 2011, je détiens le record de la traversée de la France en courant. J’ai rejoint Nice depuis Lille, 1150km en 15 jours sans pauses. Ce fut une sacrée aventure !

Qu’est-ce qu’Explora Project ? 

Chez Explora, nous sommes deux associés, Alix Gauthier et moi-même. Alix nous a rejoint l’année dernière, un peu plus tard dans le projet. Elle avait une expérience travel que je n’avais pas. En effet, elle a créé Copines de Voyageune entreprise qui a fait 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 4 ou 5 ans, donc une très belle réussite du voyage français ! Nous nous sommes retrouvés lors d’un concours pour les startups du secteur du tourisme, qui s’appelle Les Tremplins. Alix a remporté le concours l’année de sa participation et je l’ai moi-même gagné l’année dernière alors qu’elle était mentor du programme. C’est comme ça que notre aventure a commencé.

Explora est une agence spécialisée dans le voyage d’aventure et durable. Nous organisons des expéditions un peu partout en France et en Europe. Seule l’Europe est proposée car nous sommes dans une démarche responsable et il est difficile de parler de cela si nous prenons des vols long-courriers. À l’origine, Explora était une passion, un projet qui me faisait marrer. Je souhaitais faire quelque chose de différent, j’en avais marre de travailler dans un univers constamment sous pression. J’avais gagné beaucoup d’argent très rapidement, j’ai donc voulu faire ce qui me plaisait et au final, je me suis très vite rendu compte qu’il y avait une grosse opportunité de marché sur ce secteur. Il n’existait aucun acteur digne de ce nom en France, qui s’adressait aux jeunes générations qui avait une présence digitale.

Toutes les briques se sont petit à petit mises en place, et aujourd’hui nous sommes une équipe de 15 personnes basée à Annecy. Nous avons levé 2 millions d’euros en juin dernier et malgré cette année particulière, nous sommes proche d’1 million d’euros de chiffre d’affaires. L’année prochaine nous devrions atteindre probablement 3 ou 4 millions d’euros de CA. Explora a complètement explosé et nous sommes évidemment ravis.

Nous sommes la première agence de voyages française à mission. La loi Pacte de 2019 soutient les entreprises et permet à une entreprise d’inscrire une raison d’être dans son statut à travers plusieurs objectifs sociaux et environnementaux. Même si les dirigeants, les shareholders ou les stakeholders venaient à changer, la mission restera la même. La raison d’être d’Explora, est de devenir l’acteur engagé du tourisme d’aventure, qui offre au plus grand nombre, une expérience de voyage à impact positif pour l’Homme et l’environnement.

Vous n’êtes pas vraiment une agence de voyages traditionnelle, quelle est votre valeur ajoutée ? 

Il y en a plusieurs.

Tout d’abord sur le produit, le voyage en lui-même, qui est unique parce qu’il est créé par nos guides. Nous ne vendons pas les voyages d’autres entreprises, et nos voyages ne sont vendus par aucune autre agence. Le secteur du voyage est un grand entonnoir, dans le lequel tu as en haut les agences de voyages virtuelles qui ont pignon sur rue. Ces agences vont vendre les catalogues de tours-opérateurs comme Allibert Trekking, Club Med ou bien Fram. Ces tours-opérateurs ont une offre avec une verticale donnée (l’aventure, le club, le loisir, la croisière…) et ont un maximum de voyages. Lorsqu’un client dans une agence de voyages exprime un besoin spécifique, l’agence propose plusieurs catalogues de tours-opérateurs. La différence est que ces tours-opérateurs ne créent et n’opèrent aucun voyage. Les voyages sont créés par ce qu’on appelle des réceptifs dans les pays des destinations. Il existe des exceptions, comme Allibert Trekking qui produit ses propres voyages, mais uniquement en France. Pour résumé, dans le secteur du voyage il y a 3 acteurs : les agences de voyages qui vendent les catalogues de tours-opérateurs dont les voyages sont créés par des réceptifs.

L’idée, avec Explora Project, était d’être le seul acteur entre le client final et le guide local, c’est-à-dire que nous produisons et vendons seuls. C’est assez technique au niveau de l’organigramme car il faut avoir des compétences très différentes. Entre utiliser les réseaux sociaux, vendre comme Voyage Privé, et être producteur, opérer ses propres voyages, avoir tes Jeeps, tes tentes, ton alimentation, c’est un tout autre métier, c’est presque un métier de services. C’est donc ce que l’on fait, on fait le grand écart mais il arrive aussi que l’on externalise sur certains points. Notre valeur ajoutée est d’avoir désintermédié le secteur du voyage ce qui permet d’avoir des prix plus bas et pour nous des marges plus élevées. Cela nous donne la possibilité de mieux rémunérer nos guides que les autres agences. Nous arrivons à être autosuffisants.

Nous sommes également différents sur la partie durable. Concernant le procédé de nos expéditions, nous sommes très clairs et transparents. On communique sur le calcul des valeurs carbones par jour et par participant. Toutes ces informations sont consultables sur notre site. À propos de nos produits, je ne dirais pas que nous sommes les plus extrêmes, mais en revanche nous démocratisons un niveau d’aventure assez élevé. Notre pari est d’offrir un produit qui convient à toutes les personnes qui ont une paire de baskets dans leur placard. Nous avons 5 niveaux de difficultés pour nos clients. Trek, yoga ou traversée de désert polaire en ski kite sont des exemples d’activités que nous proposons.

De quelle manière vos expéditions s’organisent-elles ?

Nous avons un réseau de guides qui propose des projets d’expéditions. Ces projets sont étudiés, testés et validés par notre département d’experts appelé Ground Operations. Chaque expert, spécialisé dans son propre domaine (kayak, haute mer, haute montagne, etc.), contacte le guide avec son projet correspondant à son expertise, afin d’évaluer s’il convient à l’esprit d’Explora. Après une première sélection, le projet est mis à l’essai avec certains de nos clients. C’est une nouveauté, chez nous les recommandations sont commercialisées. Nos clients, en connaissance de cause, peuvent tester un projet en cours de validation et selon le résultat, nous décidons de commercialiser ou non l’expédition.

Pour cette deuxième année, nous rentrons dans une seconde phase où nous avons du recul sur certains produits. Nous essayons de faire une mesure d’impact de ces produits afin de savoir combien de fois il est possible de les proposer sans abîmer la planète. Nos expéditions sont éphémères pour ne pas surexploiter des endroits de la planète.

Quels services proposez-vous à vos clients ? Quel est le business model d’Explora Project ?  

Explora étant une agence de voyages, nous encaissons 100% de ce que le client a déboursé sur le site, et ensuite nous payons le guide, le matériel, le transport, l’hébergement et la nourriture. Comme je l’ai dit, nous sommes producteurs donc nous payons directement tous ces prestataires. Les côtés scalable et digital ressemblent à de la marketplace parce qu’une bonne partie des procédés est online, en revanche nous en sommes pas une. Nous connaissons nos produits, une curation a été faite au préalable, nos équipes de commerciaux sont de chez nous et ne sont pas dans un call-center. Notre modèle est vraiment hybride. Nous avons cherché une scalabilité dans un modèle d’agence de voyages, en proposant une désintermédiation complète avec un produit différent.

Vous accordez une réelle importance à la cause environnementale. Qu’avez-vous mis en place dans le cadre de cette démarche responsable ?  

Il y a un gros travail à faire pour avoir le minimum d’impact négatif et ensuite nous devons compenser avec des produits intelligents, ce qui n’est pas évident. Après avoir atteint une neutralité, il faut avoir un impact positif et pour cela, il faut mettre en place des actions supplémentaires. Chez Explora, nous avons une multitude d’actions : la bourse aux explorateurs, la bourse climatoù nous allons financer des projets porteurs de sens avec des solutions concrètes, autour de nos valeurs et de ce que nous créons pour la planète. Aussi, nous finançons des thèses de recherche sur l’écologie et nous faisons partir des jeunes de banlieues défavorisées en vacances, afin de leur offrir une reconnexion avec la nature.

Avec Explora Project, explorer durablement c’est :

  • Adopter les 7 principes sans trace
  • Être non-motorisé
  • Désaisonnaliser
  • Consommer de la nourriture zéro déchet
  • Des destinations accessibles en train
  • Voyager en petit groupe
  • Être dépendant d’hébergements à consommation énergétique nulle

Tous les détails sont consultables sur notre site dans notre lettre d’engagement.

Le secteur du voyage a été durement touché par la crise actuelle. À quel point la Covid-19 a-t-elle perturbé votre activité ? Avez-vous pris certaines mesures pour continuer les voyages ?  

Pour nous la Covid-19 a servi de catalyseur. Il y a eu de nombreux questionnements dans notre communauté. Le marché a maturé beaucoup plus vite durant le premier confinement. Il y a eu une recrudescence des sujets de reconnexion avec soi-même, avec la nature — de consommer des marques qui ont du sens, des marques qui ont un véritable but. Le 15 mars 2020, il y avait sur la plateforme 1 500 membres, aujourd’hui, ils sont 80 000 ! On ne peut pas dire que le confinement est une bonne chose, en revanche il a accéléré le temps pour nous.

Comment qualifierez-vous votre aventure entrepreneuriale ? 

Elle est un peu comme moi : bourrin, pressée, impatiente mais elle trouve des solutions concrètes et essaye de bien le faire. Pour l’instant cela fonctionne bien, contre toute attente et contre les personnes qui ne croyaient pas en ce projet. Pourquoi cela fonctionne bien ? Simplement parce que nous sommes pragmatiques, nous faisons les choses rapidement. Je considère qu’il n’y a pas de temps à perdre. Tant que nous avons les mains dedans, il faut itérer et ne pas attendre avant de lancer son site ou un produit. Il faut tout de suite tester, écouter les retours clients, améliorer et tester une nouvelle fois. Il est important de créer du rythme, de prendre la parole, partout et tout le temps !

Quelles sont les ambitions d’Explora Project pour les années à venir ? Quelles sont les prochaines étapes ? 

Nous avons l’envie d’avoir un impact sur le maximum de personnes, le plus vite possible car le tourisme représente 10% des problèmes environnementaux de la planète. D’un côté le tourisme de masse est le problème mais de l’autre côté le tourisme responsable est la solution. Je ne sais pas comment Explora a autant de visibilité aujourd’hui avec la petite voix qui est la nôtre mais je pense que cela parle aux gens. Être utile, avec un business à impact, d’accompagner les gens, de vulgariser les sujets, de ne pas être moralisateur et de continuer à faire rêver. Il faut se dire que malgré toutes les contraintes actuelles, nous pouvons encore vivre des choses extraordinaires, hommes et femmes ordinaires que nous sommes. Il ne faut pas se mettre de barrière et il n’y a pas besoin d’être Mike Horn et d’avoir un million de sponsor chez Rolex pour faire des choses très sympathiques. Faites vous confiance, faites nous confiance ! Notre seule limite est la planète !

Nos remerciements à Stanislas Gruau, co-fondateur et CEO d’Explora Project.
Propos rapportés par l’équipe de manager.one.

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