Caption, la plateforme de trading de la Tech française : Rencontre avec son co-fondateur, Quentin Lechemia

Fondée en 2020 par Mathieu Artaud, Quentin Lechemia et Lucas Mesquita, Caption est une marketplace qui permet à tous les actionnaires d’une startup de revendre totalement ou en partie leurs actions à une communauté d’investisseurs expérimentés.

Pour le Journal du Manager, Quentin nous partage l’histoire de Caption, les enjeux de ce projet, ainsi que son envie de modifier l’écosystème startup.

Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel et sur les raisons qui vous ont motivées à entreprendre ?

J’ai une passion pour tout ce qui touche à la création et la créativité. L’entrepreneuriat était pour moi la voie évidente pour voir mes idées prendre vie. Depuis la fin de mes études de DCG en 2011, mes projets sont initiés essentiellement par des manques perçus à des instants T dans des secteurs dans lesquels j’évolue.

Par exemple, l’idée de ma première startup MyBandMarket, une plateforme de cotation pour les musiciens, m’est venue alors que je tournais avec mon groupe dans toute la France et avait du mal à négocier mes cachets avec les tourneurs.

J’ai aussi la chance d’avoir eu très tôt beaucoup d’appétence pour la programmation front et back. Cela fait maintenant 15 ans que j’ai la casquette de premier dév sur mes projets. Cela me permet de créer des MVP sans avoir à engager trop de moyens, si ce n’est du temps !

En 2014, j’ai fondé l’adtech Elise Technologies que j’ai menée durant 6 ans avec plusieurs levées de fonds réalisées pour un peu plus de 2 millions d’euros et notamment une cinquantaine de clients grands comptes à travers l’Europe (LVMH, Orange, Crédit Agricole). L’aventure s’est terminée à l’été 2020 par la revente des activités à l’agence de communication Sharing.

À ce moment, Lucas Mesquita et Mathieu Artaud — qui étaient aussi investisseurs chez Elise Technologies — sont venus me pitcher leur idée de créer une « Bourse de la Tech française ». J’ai tout de suite été convaincu par le potentiel. Nous avons travaillé ensemble sur le sujet et Caption a officiellement vu le jour en mars 2021. En plus d’être Président de la société, j’assume aujourd’hui la Direction Produit/Tech et Marketing.

Qu’est-ce que Caption ? À qui s’adresse votre solution ? 

Caption est une plateforme de marché secondaire pour les startups technologiques françaises.

En d’autres mots, Caption permet librement à chaque actionnaire de mettre en vente tout ou partie de ses actions, au prix souhaité. En face, des investisseurs peuvent se positionner à l’achat afin de pouvoir acquérir ces titres mis en vente, et faire leur entrée au capital de ces sociétés.

On s’adresse donc :

  • Côté « Offre » : aux vendeurs d’actions de startups qui peuvent être des fondateurs, des investisseurs (Business Angels…) ou encore des actionnaires-salariés ;
  • Côté « Demande » : à des investisseurs qui souhaiteraient eux aussi enfin intégrer le capital des pépites françaises non cotées, de la série A à la licorne.

Pourquoi avoir décidé de créer Caption ? 

On est trois fondateurs entrepreneurs et anciens VCs. On gravite dans l’écosystème startup depuis une dizaine d’années et on a trop bien connu un problème inhérent au non coté : le problème de la liquidité (capacité à vendre ses actions).

Ce problème constitue l’un des principaux risques pour tout investisseur. L’ensemble des actionnaires de jeunes sociétés technologiques non cotées doivent attendre en moyenne 10 ans pour avoir la possibilité de matérialiser leur plus-value financière. Et encore, cela n’est possible qu’en cas de succès de la société. On le sait, malheureusement, la majorité des startups terminent leur activité en liquidation judiciaire avant une potentielle sortie.

Si ce sujet de liquidité est évidemment problématique pour les fonds d’investissement professionnels, il l’est encore plus pour des dirigeants et salariés. Ces derniers sont dans l’obligation d’attendre la cession ou l’introduction en Bourse de leur société pour être en mesure de récolter les fruits de leur engagement quotidien.

Parallèlement, de nombreux investisseurs non professionnels souhaiteraient investir dans des startups matures afin de diversifier leur portefeuille, réduire leurs risques ou accroître la performance de leurs placements financiers. Le problème : aujourd’hui, ces derniers ont accès uniquement aux startups en amorçage, impliquant ainsi un risque financier maximal. En effet, l’entrée au capital de startups plus matures est le plus souvent verrouillée par le pacte d’actionnaire et préemptée par les fonds d’investissement professionnels.

Il était donc indispensable de réconcilier ces deux mondes en créant la première plateforme favorisant la liquidité pour les actionnaires de startups, dirigeants et salariés en tête.

Comment fonctionne votre business model ? 

Côté acheteurs, Caption est rémunéré via une commission des montants investis et uniquement dans le cas où l’opération est effectivement réalisée, donc non-soumise à la préemption.

Actuellement, et dans l’attente d’obtention d’un nouvel agrément, Caption ne facture aucune commission aux vendeurs. Néanmoins, dès la fin d’année, il est prévu que nous percevions aussi une commission à la vente pour les services à forte valeur ajoutée que nous fournissons, dont l’analyse et la mesure de l’exigibilité à la mise en vente d’actions, le conseil sur la structuration optimale de l’opération, la mise en ligne de l’offre de vente, etc.

Combien de startups sont aujourd’hui présentes sur la Marketplace de Caption et comment les avez-vous convaincues de vous rejoindre ? 

On a à ce jour plus d’une trentaine de startups, dont plusieurs licornes. Il n’existe aucune plateforme similaire en France. Et le besoin est tel que le lancement et les premiers articles nous ont aidés à rapidement onboarder fondateurs et salariés sur le projet. On a vendu pour près de 1 million d’euros d’actions sur Caption en 4 mois.

On travaille essentiellement avec des actionnaires de startups ayant dépassé soit le million d’euros de chiffre d’affaires soit le million d’euros de fonds levés.

On leur permet de revendre des actions au prix qu’ils souhaitent, et quand ils le souhaitent. Soit l’actionnaire est fondateur, et dans ce cas il peut lister sa start-up sur la plateforme directement, gérer les informations affichées, et permettre in fine à ses actionnaires de vendre des actions.

Soit l’actionnaire est salarié, dans ce cas nous faisons une revue de ses documents (mini pacte, pacte, contrat de BSPCE). Si les conditions sont OK, nous intégrons la vente à la plateforme. Notre communauté d’investisseurs est alors dans la capacité de se positionner sur la vente au montant demandé par le vendeur.

À quelle difficulté avez-vous été confronté sur ce projet ? 

On a eu la chance d’avoir un accueil incroyable dès la sortie de la plateforme, avec de nombreux investisseurs inscrits en quelques jours et des centaines d’actionnaires (salariés, fondateurs) qui nous ont contactés en quelques mois.

Évidemment, tout le monde n’est pas ravi de voir Caption arriver sur le marché. Jusque-là, certains acteurs pas toujours bienveillants étaient bien contents de garder le contrôle sur la liquidité pour négocier des conditions très avantageuses lors de rachat d’actions par exemple.

Aussi, on a pu rencontrer quelques rares fondateurs qui nous ont partagé leurs craintes, notamment relatives à la potentielle perte de contrôle sur les mouvements du capital. C’est d’ailleurs pourquoi nous nous sommes vite adaptés pour les rassurer en leur attribuant une golden share sur les holdings d’acquisition des titres.

Enfin, certains n’ont tout simplement pas envie d’être dilués. Dans ce cas, notre conseil : ne donnez pas de BSPCE ou d’actions. Ce sera très certainement compliqué pour recruter les meilleurs talents, mais au moins, vous êtes sincères dans votre démarche.

Heureusement, la plupart des entrepreneurs que l’on rencontre jouent le jeu, et l’on est ravi d’accompagner cette nouvelle génération de fondateurs qui veulent changer les choses avec nous !

Quelles sont vos ambitions pour Caption ? Sur quoi misez-vous votre développement ? 

Avec Caption, on veut réellement changer l’écosystème, en mieux.

Nous souhaitons faire en sorte que tous les acteurs puissent capter une partie de la valeur qu’ils créent au quotidien.

Notre objectif est de fournir une sérénité financière pour tous les actionnaires de startups. Il nous paraît légitime qu’à un moment de sa carrière, un fondateur ou un salarié souhaite matérialiser sa plus-value afin d’acheter un appartement, financer un mariage, l’arrivée d’un enfant ou tout autre projet personnel.

On pense aussi qu’en récompensant les fondateurs, les salariés, les Business Angels… à leur juste valeur, ces derniers (ré)investiront à leur tour dans l’écosystème, créant ainsi des vocations entrepreneuriales, faisant naître et se développer des projets qui seront vertueux pour tous.

Cela prendra très certainement quelque temps, mais quand on voit comment l’écosystème américain a su prospérer en développant le secondaire depuis une dizaine d’années, on se dit que le jeu en vaut la chandelle !

Auriez-vous des conseils à donner aux lecteurs du Journal du Manager souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat  ?   

Tous les entrepreneurs ont des profils différents, mais si je dois retenir une qualité commune, c’est la résilience. L’entrepreneuriat, c’est des montagnes russes. Il faut pouvoir garder la tête sur les épaules et maintenir sa vision quoiqu’il arrive.

Vous allez devoir gérer un certain niveau de stress. Les cycles d’émotions sont beaucoup plus courts et intenses : vous pouvez passer de l’euphorie à la déprime en très peu de temps. Psychologiquement, il faut être prêt.

Bien sûr, il faut ne pas hésiter à se faire accompagner tout au long de l’aventure, soit par des experts, par des amis ou par un coach.

Enfin, je pense que parfois, il faut savoir prendre du recul, notamment quand ça ne va pas. Ce n’est pas grave de ne pas réussir : vous allez apprendre et en tirer des enseignements. Ce n’est pas parce que vous avez un petit faible sur une période que vous ne remonterez pas la pente !

Nos remerciements à Quentin Lechemia, cofondateur de Caption.
Propos rapportés par l’équipe de manager.one.

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