Les études marketing automatisées : interview de Tarek Ouagguini, fondateur d’Happydemics

Tarek Ouagguini est le co-fondateur d’Happydemics, une plateforme automatisant la conduite des études marketing.

À l’occasion de la récente levée de fonds de la start-up pour un montant de 5 millions d’euros, il revient pour nous sur le rôle déterminant de la technologie dans les études marketing.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire d’Happydemics ? Pourquoi avoir fondé cette entreprise ?

Happydemics a été créée en 2015. À l’origine, c’était un outil pour créer des questionnaires, à l’image de Typeform.

Quelques mois après, un associé m’a rejoint. Nous nous sommes rapidement rendu compte que les entreprises n’avaient pas seulement besoin de créer des questionnaires. Elles avaient besoin de créer une étude de A à Z, avec la possibilité de choisir les audiences pour répondre à ces questions, puis d’analyser et de comprendre leurs résultats.

Nous avons donc décidé de lancer une plateforme automatisant la conduite des études marketing, de la création de l’étude en elle-même jusqu’à la restitution et la recommandation.

La plateforme s’appuie sur trois grands axes de technologie.

Le premier vient du fait que nous souhaitons démocratiser l’accès aux études. Nous permettons à n’importe quelle personne dans une entreprise – même quelqu’un qui n’ayant pas de compétences en études de marché – de pouvoir lancer une étude.

Nous avons donc intégré dans notre plateforme des modèles qui vont permettre de lancer un barème de notoriété, un pré-test publicitaire, ou encore un test de concept, et ce sans avoir de connaissances préalables en statistiques.

Nous nous appuyons pour cela sur quatre années de connaissances et d’expérimentation sur le déroulement d’une bonne étude, notamment quant aux questions posées.

La deuxième brique technologique est une brique de diffusion. Nous sommes connectés à toutes les API d’achats publicitaires. Cela nous permet d’acheter des espaces dans près de 144 pays pour y diffuser des sondages interactifs. Nous sommes capables de mener simultanément une étude à Tokyo, à Paris, en Côte d’Ivoire… Cela ne représente aucun surcoût pour les marques.

Troisième axe : nous avons compris que nos clients n’avaient pas besoin d’un fichier Excel. Ils ont surtout besoin de pouvoir comprendre les résultats et les analyser. Nous avons des algorithmes qui vont étudier les données, comprendre ce qui est important dans l’étude, et sur quoi il faut axer les recommandations concrètes. Nos clients obtiennent des résultats très précis.

Aujourd’hui, Happydemics représente une trentaine de salariés. Nous avons un bureau à Amsterdam et une levée de fonds qui vient de s’achever. Un bureau à Londres est en cours d’ouverture.

Quelles évolutions Happydemics a-t-elle connu ces dernières années ?

La première évolution, comme évoqué plus haut, fut de passer un outil de création de formulaires à un outil permettant de mener des études de A à Z.

Deuxième évolution notable : cibler des audiences extérieures. Nous avons choisi d’interroger des personnes non-rémunérées. Au contraire, les instituts classiques utilisent des panels, constitués de personnes rémunérées pour répondre aux questions. Quand les participants ne sont pas rémunérés, il n’y a aucun biais. Cela change beaucoup de choses !

Troisième évolution : nous avons mis au point un algorithme de traitement de données, permettant de réaliser l’équivalent de quatre journées de travail d’un chargé d’études en quelques minutes.

Les réponses que l’on obtient grâce à notre technologie sont fiables. Nous récoltons 36 % de réponses illogiques en moins par rapport aux sondages classiques avec des panels.

Nous avons accumulé plus de 142 millions de réponses dans le monde. Ce sont des réponses anonymes mais cela génère des données de marché extrêmement précises. Nous les conservons sur notre plateforme, à destination de nos clients qui peuvent les consulter à leur guise.

Enfin, nous développons notre produit de sorte à couvrir le champ des études qualitatives, c’est-à-dire des entretiens. Nous sommes spécialisés dans les études quantitatives mais souhaitons également investir ce terrain-là.

Comment vous démarquez-vous des autres plateformes ? Pourquoi dites-vous « dépoussiérer » les sondages et le marketing client ?

Nous avons deux types de concurrents. Nous faisons face, d’une part, aux instituts d’études classiques. Contrairement à nous, ce ne sont pas des entreprises de technologie. Un institut d’études ne fait qu’aller chercher des réponses chez des panélistes. Il vend du consulting pour ses clients et se charge de la rédaction de rapports.

De notre côté, nous automatisons ces prestations. Nous réalisons ce travail de façon automatique et bien plus qualitative que les instituts.

Nous avons aussi des concurrents plus digitaux, mais qui embarquent les faiblesses des instituts. Ils ne font que recréer des panels.

Chez Happydemics, nous nous élevons contre cette notion de panel. Nous pensons qu’aujourd’hui, payer des personnes pour répondre n’a plus vraiment de sens. Et, surtout, cela ferme le champ des études possibles.

Nous nous positionnons donc comme une vraie solution technologique, plutôt qu’un service de consulting.

Comment la crise de la Covid-19 a-t-elle impacté votre activité ? Quels aménagements avez-vous dû opérer ?

Nous étions prêts pour cette crise. Nous sommes des habitués du travail à distance. Nos process étaient déjà complètement digitalisés, de même que notre relation client.

Nous n’avons pas souffert de la crise, au contraire. Cela n’a fait que renforcer la pertinence de notre modèle, notamment vis-à-vis des investisseurs. Pendant la crise Covid, les investissements étaient en berne pour la majorité des entreprises. Pourtant, nous avons réussi à boucler une levée de fonds. Cela montre que notre modèle est pertinent.

Les budgets des entreprises s’agissant des études ont connu une forte baisse. Paradoxalement, de grands comptes nous ont contacté pour plateformiser leurs études. Nous coûtons en effet bien moins cher que les instituts classiques. Ces grandes entreprises deviennent très sensibles aujourd’hui à nos arguments.

Les instituts d’études adoptent en outre des process dépassés. Les délais de réponse et de validation sont extrêmement longs. Cela fait perdre du temps aux entreprises.

La crise n’a finalement fait que confirmer la pertinence et l’efficacité de notre produit.

Pouvez-vous nous parler de la technologie GIVE, qui vous a permis de soutenir l’Institut Pasteur durant la crise ?

Pour motiver les répondants à répondre, nous leur proposons une bonne action, comme planter un arbre. Cela assure l’implication du répondant pour qu’il termine le questionnaire, sans le payer.

Pendant la crise, nous avons reversé une partie de nos gains à l’institut Pasteur pour tenter d’accélérer les recherches pour un vaccin contre le Covid.

Vous venez de lever 5 millions d’euros. À quoi ce montant va-t-il vous servir ?

D’une part, à accélérer notre internationalisation, et notamment conquérir de nouvelles parts de marché en Europe. Nous avons une plateforme traduite et accessible depuis partout dans le monde, donc les frontières n’existent pas vraiment pour nous. Notre développement international coule de source. Près de 45 % de notre chiffre d’affaires est réalisé à l’étranger.

Également, nous souhaitons augmenter significativement la taille de notre équipe Tech. Une vingtaine d’embauches sont prévues d’ici la fin de l’année.

Vous avez ouvert en 2019 un premier bureau à Amsterdam. Souhaitez-vous conquérir de nouveaux pays ?

Nous souhaitons ouvrir un bureau à Londres. Nous avons d’autres visées en Europe, mais nous comptons également conquérir les États-Unis. Chaque chose en son temps ! Conquérir un marché prend du temps et de l’énergie.

Pour choisir un pays dans lequel s’implanter, nous regardons la taille de marché. Les États-Unis et l’Europe représentent ainsi près de 80 % du marché des études.

D’ailleurs, la plateforme se vend déjà à l’étranger. Nous avons des clients aux États-Unis, en Angleterre, ou encore à Amsterdam. Ouvrir un marché ne veut pas forcément dire envoyer des personnes là-bas. Cela veut aussi dire déployer de l’acquisition dans ces pays.

Auriez-vous un conseil à donner aux personnes souhaitant se lancer dans l’aventure start-up ?

« Start-up » est un mot aujourd’hui un peu dévoyé. Tout est une start-up. Pour moi, être une start-up signifie connaître une croissance bien plus rapide que la normale. C’est plus lié au taux de croissance qu’à l’activité.

Le plus important, c’est d’avoir des clients et un produit. Il ne faut pas se laisser divertir par l’écosystème start-up, et toute la starification qu’il y a autour de ça.

Ce qui fait une entreprise, ce sont ces clients et son produit. Pour un jeune entrepreneur, il faut garder cela en tête et ne pas perdre son temps dans d’autres choses qui ne serviront pas vraiment au développement de l’entreprise.

Nos remerciements à Tarek Ouagguini, fondateur d’Happydemics.
Propos rapportés par l’équipe de manager.one.

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