Digitaliser les points de vente : rencontre Ismael Ould, fondateur et CEO de Wynd

Ismael Ould est le fondateur et CEO de Wynd, une start-up proposant une solution omnicanale pour les retailers. Sa plateforme SaaS gère tant l’encaissement que l’orchestration et la préparation de commandes, pour un commerce unifié.

Cet entrepreneur aguerri s’est prêté au jeu des questions-réponses et revient pour nous sur son histoire, son activité et les problématiques rencontrées au cours de son parcours.

Pouvez-vous nous parler de l’histoire et de l’activité de Wynd, start-up créée en 2014 ?

Wynd est une plateforme qui digitalise les points de vente. Nous sommes un éditeur de logiciels en mode SaaS, développant une plateforme de commerce unifié à destination du secteur de la distribution.

Nous nous adressons aux grands du retail, tels que Carrefour, Franprix, Monsieur Bricolage… Nos clients ont une distribution mixte, à la fois physique et digitale.

Nous gérons pour eux leur encaissement et leur logistique. Nous connectons le magasin au site Internet et à l’application mobile. Cela permet à nos clients de développer de nouveaux services, tels que l’e-réservation ou encore le Click & Collect.

Par exemple, grâce à notre solution, Carrefour a mis en place un service de livraison express en une heure.

Wynd est un mot anglais qui désigne les petites rues qui relient les grandes artères. Cela représente le passage du monde offline au monde online. Nous voulions lier les domaines de l’encaissement et de la logistique.

Wynd s’inscrit dans mon histoire familiale. Mes parents sont hôteliers. C’est un secteur qui a considérablement évolué ces vingt dernières années. J’ai participé à la transformation de l’hôtellerie à travers mon aventure familiale, ce qui m’a plus tard donné l’envie de créer Wynd.

En France, les entreprises du retail sont-elles en retard sur la transformation digitale ?

À mon sens, ce n’est pas le cas. Finalement, les entreprises se placent au niveau des attentes du marché. En France, les clients ne recherchent pas tellement l’hyper-digitalisation. Tout le monde n’a pas forcément envie d’utiliser un service de Click & Collect. Les entreprises ne font que répondre au marché.

D’ailleurs, depuis la crise de la Covid-19, on a pu voir l’agilité des entreprises françaises. Elles ont vite répondu aux nouveaux enjeux. Nous sommes finalement plutôt alignés avec les données du marché.

On vit une bascule assez extraordinaire, avec une accélération des usages et de l’omnicanalité. Le modèle est vraiment en train d’être repensé.

On parle beaucoup de digital et de logiciels, mais finalement tout cela renvoie à une notion d’efficacité. Le digital nous permet in fine d’exercer un métier autrement. Ces adaptations demandent beaucoup de pragmatisme. Notre mission avec Wynd est de permettre à nos géants de la distribution de passer cette phase de la transformation et d’aller en chercher de réels bénéfices.

Nous avons de la chance d’accompagner des entreprises passionnantes comme Décathlon, qui combinent parfaitement digital et humain. En vous rendant à Décathlon, vous bénéficiez d’un réel conseil de la part de passionnés de sport. Mais, en même un temps, vous profitez de services digitaux de pointe tels que le Click & Collect, le passage en caisse automatique…

Le commerce se réinvente et c’est plutôt une bonne chose. L’enjeu pour les retailers est de bien aborder cette phase de transformation, et c’est ainsi que nous les accompagnons.

L’entrepreneuriat, un hasard ou une évidence pour vous ?

L’entrepreneuriat pour moi est une affaire familiale, car je suis fils de commerçant.

J’ai en moi depuis longtemps les valeurs de l’entrepreneuriat, comme l’engagement et la responsabilité. M’engager dans cette voie-là m’a finalement paru évident.

Pourtant, vous avez étudié la médecine. C’est un parcours atypique parmi les entrepreneurs.

En France, oui.

Aux États-Unis, de nombreux entrepreneurs viennent du monde de la médecine. On estime que 10 % des médecins font autre chose à côté de leur métier, notamment du business.

Les médecins font de très bons entrepreneurs grâce à une capacité de travail, d’analyse, d’écoute et d’engagement très forte. Ma formation m’a été utile dans mon parcours d’entrepreneur.

Chez Wynd, on a une vraie culture customer care. On voit bien le parallèle avec la médecine : le bien-être du patient du patient est extrêmement important. L’écoute est la base du travail, même avant la technique.

Comment la crise de la Covid-19 a-t-elle impacté votre activité ?

Comme pour tout le monde, la crise du coronavirus a été un bouleversement. Nous nous sommes retrouvés dans l’imprévisible en permanence.

Piloter une entreprise dans ces conditions demande beaucoup de réflexes et d’agilité. L’avantage pour les start-upers : nous sommes habitués aux tempêtes ! La différence aujourd‘hui, c’est que l’incertitude nous touche tous.

Il a fallu rassurer les équipes et les clients. Nous étions en permanence dans un contexte de réassurance, et notre charge de travail a significativement augmenté.

D’un point de vue sectoriel à présent, la crise a été pour nous un accélérateur. En effet, la distanciation et le confinement ont accéléré les usages digitaux. En trois mois, le marché a pris trois ans de maturité !

Pourquoi avoir lancé la plateforme moncommercantchezmoi.fr, et à quoi sert-elle ?

La plateforme moncommercantchezmoi.fr a permis aux commerçants indépendants de maintenir leur activité pendant la crise. Ils ont pu digitaliser leur commerce, vendre en ligne, faire livrer ou inviter leurs clients à venir récupérer leurs commandes en magasin.

Au début de la crise, nous nous sommes demandés comment nous pouvions nous rendre utiles. Nous souhaitions mettre à disposition des entreprises qui en avaient besoin notre soutien et notre technologie. Nous avons donc lancé cette plateforme dédiée aux petits commerçants et indépendants.

Une négociation s’est ouverte avec notre actionnaire Natixis, afin de déployer des solutions de paiement en ligne pour les commerçants. Le Ministère de la Cohésion et des Territoires nous a également soutenus dans cette initiative. Nous avons pu entrer en contact avec des maires locaux, qui ont fédéré les commerçants et producteurs et mis en place la supply chain pour rendre tout cela réaliste. Le projet est né en quelques jours, preuve d’une grande agilité. Cela a été un vrai succès et l’aventure continue encore.

Par exemple, nous avons aidé un chocolatier qui, à l’approche de Pâques, connaissait une baisse de 80 % de la fréquentation de son magasin. Ses chocolats ont été mis en ligne sur notre plateforme. La mairie s’est chargée de diffuser l’information. Résultat, ce chocolatier a fait l’un de ses meilleurs chiffres de Pâques. Pour les clients, ce fut un acte de consommation à la fois digital et local.

Autre exemple : un producteur de légumes, qui a préparé des petits paniers et généré plusieurs dizaines de milliers d’euros de commandes. Il a réalisé quasiment 90 % de son chiffre d’affaires habituel pendant la période du confinement, alors qu’il n’avait jamais vendu sur Internet. La mairie a organisé la logistique. Elle a réuni plusieurs producteurs, ce qui a permis de faire des paniers complémentaires.

À quelles problématiques avez-vous été confronté durant votre aventure entrepreneuriale ?

Quand on est entrepreneur, tout est une problématique… (rires)

Au début, lorsque l’on se lance, le plus difficile est d’y croire suffisamment et d’embarquer des personnes dans un cercle de confiance, qui est décisif dès le départ.

Pour nous, ce fut aussi de croire en la Tech française. C’était un vrai pari. Quand on a débuté il y a six ans, le marché n’était pas le même. Il y avait une dominante très forte des États-Unis, mais très peu d’acteurs en France. Les progrès des dernières années sont considérables. La French Tech drive au mieux la croissance du secteur.

Aujourd’hui, Wynd a levé près de 112 millions d’euros et compte 300 collaborateurs. La croissance a été rapide !

Effectivement, nous sommes aujourd’hui présents en Europe et au Moyen-Orient, avec plusieurs centaines de collaborateurs. Les recrutements sont croissants.

Les 112 millions d’euros nous permettent essentiellement de développer notre plateforme, la commercialiser, et optimiser son usage chez les clients.

Auriez-vous un conseil à donner à nos lecteurs souhaitant se lancer dans l’aventure de la start-up ?

Le plus important à mon sens est d’être bien entouré. Dans tout projet personnel ou professionnel, l’entourage reste la clé, et ce le plus tôt possible.

Aujourd’hui, ce n’est pas en étant bon artisan qu’on fait forcément un bon réseau de boulanger. Ça demande d’associer beaucoup de compétences, en visant systématiquement l’excellence. Il faut être excellent en finance, en produit, en commercialisation, etc. Cela demande de bien s’associer.

Beaucoup de personnes se lancent en se disant qu’elles trouveront ensuite un associé. Malheureusement, la compétition est élevée. Il faut vraiment avoir une équipe pluridisciplinaire à la pointe, dès le début.

Nos remerciements à Ismael Ould, fondateur et CEO de Wynd.
Propos rapportés par l’équipe de manager.one.

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