Japet Medical, les exosquelettes qui soulagent le dos et libèrent le mouvement : Rencontre avec son COO et cofondateur, Damien Bratic.

Damien Bratic, COO et cofondateur de Japet Medical, l’exosquelette qui soulage le dos et libère le mouvement

Fondée en 2016, Japet Medical est une MedTech française développant des solutions de Wearable Medicine pour la santé au travail et au quotidien. La startup conçoit et commercialise des exosquelettes qui accompagnent quotidiennement les entreprises dans leurs démarches d’amélioration de la santé au travail.

Développement, défis, ambitions… Damien Bratic revient sur l’histoire de Japet Medical et son parcours entrepreneurial.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de Japet Medical ? Pourquoi avoir fondé cette activité en 2016 ?

Avant de commencer Japet, j’étais à Central Lille dans le cadre de mes études supérieures. Je m’y suis spécialisé dans la santé, notamment la bio-ingénierie et la recherche biomédicale. Après quoi, j’ai travaillé dans des entreprises du secteur de la santé, comme Boston Scientific.

Ensuite, je me suis associé avec Antoine Noel afin de concevoir un exosquelette à mi-chemin entre nos deux vocations. Le domaine d’Antoine c’est la robotique (diplômé du CEA et du MIT), tandis que le mien c’est la santé. C’est ainsi que nous nous sommes lancé le pari de développer un exosquelette pour le traitement du mal de dos.

Aujourd’hui, comment qualifieriez-vous Japet Medical ? Quelle est votre clientèle ?

Japet Medical est présente essentiellement sur deux marchés.

Dans un premier temps, notre dispositif sert à la prévention de la lombalgie. Il s’adresse surtout aux travailleurs dont le poste nécessite le port de charges lourdes, des postures contraignantes ou des mouvements répétitifs. Dans un second temps, l’exosquelette sert à la compensation de handicape et le soulagement de la douleur pour un autre type d’utilisateur.

Les marchés principaux de Japet Medical sont l’industrie (ferroviaire, navale, aéronautique, etc.) et la logistique pour les préparateurs de commandes.

Quel est le business model de Japet Medical ?

Au départ, notre produit se commercialisait dans les hôpitaux. Le but de cette manœuvre était de permettre la rééducation de patients lombalgiques souffrant de maux de dos chroniques. Hélas, les temps de vente étaient relativement longs, sans oublier les donneurs d’ordre et les décisionnaires qui étaient assez complexes à atteindre de part et d’autre. En parallèle, nous avions des signaux faibles d’industriels qui nous contactaient afin de tester notre exosquelette dans leurs entreprises. Partant de ce constat, nous avons fait un pivot pour nous orienter complètement vers ce marché.

Notre business model est assez simple. Nous avons commencé par tester des modèles locatifs qui étaient assez complexes. Il fallait un certain temps pour amortir le produit et l’entretien entre chaque usage n’était pas vraiment optimal. Par conséquent, nous nous sommes tournés vers la vente directe et indirecte sur ces mêmes marchés.

Qu’est-ce que la Wearable Medicine et comment fonctionnent les exosquelettes mis au point par vos équipes ?

La Wearable Medecine est un concept assez large qui porte notre entreprise. Concrètement, c’est la conjugaison des sciences médicales et des technologies robotiques au service de la santé. L’exosquelette est le premier cas d’application qui en découle. Toutefois, il peut avoir une déclinaison sur d’autres pathologies, s’adressant aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises.

D’un point de vue moins conceptuel, un exosquelette est l’alliance entre la puissance de la robotique et l’intelligence humaine. La Wearable Medecine revient à s’appuyer sur les pratiques médicales et sur la technologie afin d’obtenir des solutions dans le domaine de la santé.

En quoi Japet Medical se démarque-t-elle des autres Medtech présentes sur le marché ?

Tout d’abord, il faut savoir que nous avons pris le parti d’être un dispositif médical. Par conséquent, on peut parler de soulagement de la douleur lorsqu’on fait allusion à nos produits. C’est un élément différenciant. D’ailleurs, dans notre secteur il n’existe pas de référentiel normatif, si bien que chacun peut légitimer sa technologie comme il le souhaite. Avec le parti pris médical, nous avons fait le choix de maximiser la sécurité, notamment celle de l’utilisateur.

De plus, Japet Medical conçoit un des rares exosquelettes actifs, qui fonctionne avec la motorisation de l’électronique. Cela permet d’avoir un soutien beaucoup plus dynamique en fonction de la tâche effectuée.

Pour finir, nous sommes assez alignés avec les autres concurrents sur un dispositif relativement confortable et pas réellement lourd. Nous avons aussi les mêmes problématiques que les autres acteurs, à savoir le confort et la chaleur (une problématique qui revient régulièrement sur les exosquelettes).

Où en êtes-vous dans le développement de ce projet ? Comment comptez-vous financer l’activité de Japet Medical ?

Nous commercialisons notre dispositif depuis 2019. Notre chiffre d’affaires évolue constamment, si bien que nos revenus nous permettent de financer une partie de l’activité. D’autre part, nous avons souvent recours à des levées de fonds pour financer la croissance de la boîte.

Vous êtes aujourd’hui présents dans plus de 4 pays. Quelle a été votre stratégie à l’international ?

Pour l’instant nous focalisons notre attention sur le marché français. Cependant, nous avons commencé l’ouverture du marché allemand avec un objectif de chiffre d’affaires bien déterminé sur cette année. Notre vision est de s’implanter sur le marché européen durablement d’ici 2025.

Quelles difficultés avez-vous connues lors de votre parcours entrepreneurial ?

Lors de son parcours, Japet a dû faire face à plusieurs défis, notamment liés à sa croissance. Évidemment, quand on multiplie le volume d’activité par 2 ou 3, on finit par influencer l’opérationnel de manière assez aiguë.

Il y a aussi les défis liés au covid et aux approvisionnements. Du fait que la production est réalisée sur notre site et que notre dispositif a une forte part de confection textile, il nous a fallu mettre en place un processus industriel assez nouveau. La confection textile est un secteur très traditionnel. Généralement, ce sont des marques qui fabriquent des t-shirts, des pulls, etc. avec des confectionneuses qui n’ont jamais manipulé de carte électronique. Chez Japet Medical, nous intégrons de l’électromécanique au textile. Tout cela avec une exigence de traçabilité et de qualité très pointue dans les processus. Nous sommes donc les premiers à faire du textile avec de l’électromécanique imbriquée. La production se fait essentiellement en France avec plus de 90 % approvisionnés en Europe.

Pour ce qui est des contraintes réglementaires, il y en a énormément. Il faut constamment assurer la qualité du produit, la surveillance, etc. Toutes les contraintes liées au médical sont également présentes sur la fabrication de nos produits.

Quelles sont vos ambitions pour Japet Medical ? Souhaitez-vous pénétrer de nouveaux marchés ?

Notre ambition est d’être leader européen. Nous souhaitons également aller plus loin sur le plan « startup industrielle qui fait de la production ». En d’autres termes, nous avons vocation à continuer et à encourager l’imbrication entre le textile et la robotique.

Pour tout dire, nous avons aussi des projets sur le marché américain qui sont à moyen et à long terme.

Auriez-vous des conseils à donner aux lecteurs du Journal du Manager souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat ?

À ce propos, Antoine et moi étions âgés de 24 ans quand on a commencé. Assez naïvement, nous pensions pouvoir produire notre dispositif, le commercialiser et générer nos premiers revenus médicaux, seulement un an après le lancement. À mon avis, cette naïveté a été salvatrice, car on ignorait tout du chemin que l’on s’apprêtait à parcourir. C’est pourquoi il est important de garder une certaine forme de naïveté et d’insouciance sous couvert de motivation.

Autrement dit, il ne faut pas se focaliser sur la montagne à franchir, mais plutôt sur le prochain jalon à atteindre. Le plus important est de ne pas se laisser impressionner par la montagne.

Nos remerciements à Damien Bratic, COO & cofondateur de Japet Medical.
Propos rapportés par l’équipe de manager.one

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