{"id":6743,"date":"2026-10-29T11:10:24","date_gmt":"2026-10-29T10:10:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.manager.one\/fr\/journal\/?p=6743"},"modified":"2026-10-29T11:10:25","modified_gmt":"2026-10-29T10:10:25","slug":"orakl-oncology-ia-medicament-cancer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.manager.one\/fr\/journal\/orakl-oncology-ia-medicament-cancer\/","title":{"rendered":"Orakl Oncology, r\u00e9inventer le d\u00e9veloppement du m\u00e9dicament en oncologie : Rencontre avec Fanny Jaulin, CEO et CSO d\u2019Orakl Oncology"},"content":{"rendered":"\n<p><a href=\"https:\/\/www.orakl-oncology.com\/\">Orakl<\/a><a href=\"https:\/\/www.orakl-oncology.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"> Oncology<\/a> est une plateforme techbio fran\u00e7aise \u00e0 l\u2019intersection de la biologie et de l\u2019intelligence artificielle, qui vise \u00e0 transformer le d\u00e9veloppement du m\u00e9dicament contre le cancer. Elle r\u00e9unit aujourd\u2019hui une \u00e9quipe de 40 collaborateurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le Journal du Manager, <a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/in\/fanny-jaulin-phd-32271320\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Fanny Jaulin<\/a>, CEO et CSO d\u2019Orakl Oncology, revient sur les origines de l\u2019entreprise apr\u00e8s plus de dix ans pass\u00e9s \u00e0 diriger un laboratoire \u00e0 Gustave Roussy, et explique comment les patients virtuels permettent de d\u00e9risquer la biologie plut\u00f4t que la chimie dans le d\u00e9veloppement des m\u00e9dicaments.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;Orakl Oncology ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.orakl-oncology.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Orakl Oncology<\/a> est une plateforme techbio, \u00e0 l&rsquo;intersection de la biologie et de l&rsquo;intelligence artificielle. Notre objectif est de transformer le d\u00e9veloppement du m\u00e9dicament pour \u00e9largir l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique contre le cancer, aujourd&rsquo;hui sous-dimensionn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Chaque ann\u00e9e, on compte environ 30 millions de nouveaux patients dans le monde, chacun avec une tumeur unique. Face \u00e0 cela, on dispose d&rsquo;une centaine de m\u00e9dicaments que l&rsquo;on peut leur prescrire. On n&rsquo;est pas du tout \u00e0 la bonne \u00e9chelle.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;industrie pharmaceutique a atteint un plateau. Seule une dizaine de nouveaux m\u00e9dicaments parviennent aux patients chaque ann\u00e9e, car les taux d&rsquo;\u00e9chec sont consid\u00e9rables. D\u00e9velopper un m\u00e9dicament prend dix ans et co\u00fbte environ 2 milliards d&rsquo;euros. Au final, bien moins de 5 % des candidats arrivent jusqu&rsquo;aux patients. Il manque des technologies pour aider cette industrie \u00e0 prendre les bonnes d\u00e9cisions au bon moment. C&rsquo;est l\u00e0 que nous nous positionnons, en mobilisant l&rsquo;IA et la biologie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&rsquo;objectif est-il de personnaliser le traitement selon la tumeur de chaque patient ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>La personnalisation se pense \u00e0 deux \u00e9chelles. La premi\u00e8re intervient quand un patient est pris en charge : il faut comprendre sa maladie et lui proposer le meilleur traitement \u00e0 un moment donn\u00e9. J&rsquo;ai beaucoup travaill\u00e9 sur cette question \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.gustaveroussy.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gustave Roussy<\/a>. C&rsquo;est un enjeu clinique, qui concerne l&rsquo;h\u00f4pital et les m\u00e9decins.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;industrie pharmaceutique, elle, ne peut pas concevoir un m\u00e9dicament pour chaque patient. Ce n&rsquo;est pas viable financi\u00e8rement. Elle doit d\u00e9ployer un arsenal de plusieurs milliers de m\u00e9dicaments, puis savoir lesquels fonctionnent \u00e0 chaque stade de la maladie. Dans le cancer, des r\u00e9sistances finissent toujours par appara\u00eetre : un m\u00e9dicament efficace \u00e0 un moment donn\u00e9 cesse de l&rsquo;\u00eatre, et il faut en proposer un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une autre fa\u00e7on de personnaliser : les combinaisons. En oncologie, on associe souvent plusieurs m\u00e9dicaments. Un patient r\u00e9pondra plut\u00f4t \u00e0 un m\u00e9lange de trois mol\u00e9cules, un autre \u00e0 un m\u00e9lange de deux. C&rsquo;est aussi une mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9largir les options th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le terme de \u00ab patient virtuel \u00bb revient souvent. Que recouvre-t-il, et comment se construit-il ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il y a deux dimensions. La premi\u00e8re est tr\u00e8s pragmatique. En oncologie, ce qui nous int\u00e9resse avant tout, c&rsquo;est la tumeur, plus que le patient lui-m\u00eame. Il faut donc la mod\u00e9liser en dehors de l&rsquo;organisme pour la comprendre et identifier les m\u00e9dicaments efficaces contre elle. Nous pr\u00e9levons des cellules tumorales, lors d&rsquo;une biopsie ou d&rsquo;une chirurgie par exemple. Nous cultivons ensuite ces tumeurs de patients en laboratoire : de vraies cellules issues du patient, capables de se d\u00e9velopper ind\u00e9finiment hors de son corps.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde dimension repose sur l&rsquo;IA. Autour de cette tumeur de patient, nous construisons un patient virtuel \u00e0 partir de toutes ses autres donn\u00e9es : s&rsquo;il a fum\u00e9, ses autres maladies, les traitements re\u00e7us, son g\u00e9nome. C&rsquo;est la combinaison des deux qui nous permet de constituer une collection de patients virtuels atteints de cancer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Apr\u00e8s plus de dix ans \u00e0 diriger un laboratoire \u00e0 Gustave Roussy, qu&rsquo;est-ce qui a d\u00e9clench\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;Orakl ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Cela fait 25 ans que l&rsquo;oncologie m&rsquo;obs\u00e8de. Toutes les \u00e9tapes de ma vie professionnelle ont tourn\u00e9 autour de ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai d&rsquo;abord fait de la recherche fondamentale : comment construire de la connaissance sur les maladies canc\u00e9reuses au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;humanit\u00e9. J&rsquo;y ai pris beaucoup de plaisir et j&rsquo;ai \u00e9norm\u00e9ment appris, mais je trouvais cela trop d\u00e9connect\u00e9 des patients. Je suis alors arriv\u00e9e \u00e0 <a href=\"http:\/\/gustaveroussy.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gustave Roussy<\/a> pour travailler en symbiose avec l&rsquo;h\u00f4pital. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait de monter un laboratoire qui source des cellules et des donn\u00e9es, mais aussi qui parte des vrais d\u00e9fis des m\u00e9decins et des patients. Pendant ce deuxi\u00e8me chapitre, j&rsquo;ai orient\u00e9 toute ma recherche vers la clinique : comment mieux soigner, quelles technologies mettre \u00e0 disposition des m\u00e9decins pour guider leurs d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout d&rsquo;une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es, j&rsquo;ai compris que ce n&rsquo;\u00e9tait pas le plus gros probl\u00e8me de l&rsquo;oncologie. Associer le bon m\u00e9dicament au bon patient n&rsquo;a de sens que s&rsquo;il existe assez de bons m\u00e9dicaments. Or il n&rsquo;y en a pas assez. Avec la hausse de l&rsquo;incidence des cancers et le ralentissement du d\u00e9veloppement de nouveaux traitements, on ne sera bient\u00f4t plus \u00e0 la hauteur de l&rsquo;enjeu.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai eu envie de m&rsquo;attaquer \u00e0 ce que je consid\u00e9rais comme le probl\u00e8me principal, avec des technologies que je ma\u00eetrisais et qui pouvaient am\u00e9liorer la fa\u00e7on dont on d\u00e9veloppe les m\u00e9dicaments. J&rsquo;avais aussi compris que l&rsquo;IA allait les propulser avec beaucoup plus de puissance. Et puis, \u00e0 titre personnel, j&rsquo;ai toujours eu un profil assez entrepreneurial. Monter une startup n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec monter un laboratoire, mais il y a beaucoup de points communs. J&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9e \u00e0 une \u00e9tape o\u00f9 j&rsquo;avais envie de projets plus audacieux, plus risqu\u00e9s, et de ne pas rester dans une zone de confort, m\u00eame si la recherche n&rsquo;en est pas vraiment une.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>\u00c0 Gustave Roussy, vous avez pilot\u00e9 l&rsquo;essai clinique Organotreat, o\u00f9 des patients en impasse th\u00e9rapeutique \u00e9taient trait\u00e9s selon les r\u00e9sultats obtenus sur leurs propres tumeurs. Pouvez-vous nous en dire plus ? Est-il arriv\u00e9 que la tumeur de patient contredise l&rsquo;avis clinique ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Dans <a href=\"https:\/\/hector-essais-cliniques.fr\/essais-clinique\/4140\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Organotreat<\/a>, nous avons beaucoup investi sur la tumeur de patient : sourcer des cellules, cr\u00e9er la mini-tumeur, tester des m\u00e9dicaments et d\u00e9terminer lesquels fonctionnent le mieux pour ce patient, \u00e0 ce moment-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat obtenu sur la tumeur de patient ne va jamais \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;avis clinique, car nous travaillons avec des patients en impasse th\u00e9rapeutique. Ils sont en bonne forme physique, mais ont \u00e9puis\u00e9 ce qu&rsquo;on appelle le standard of care, c&rsquo;est-\u00e0-dire les m\u00e9dicaments autoris\u00e9s par les agences comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/ansm.sante.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">ANSM<\/a>. Prenons un patient atteint d&rsquo;un cancer du c\u00f4lon : il a re\u00e7u les quatre lignes de traitement valid\u00e9es par les autorit\u00e9s de sant\u00e9, et sa tumeur y r\u00e9siste. Elle est orpheline de traitement.<\/p>\n\n\n\n<p>Organotreat cherche alors, dans l&rsquo;arsenal disponible, ce qui peut \u00eatre efficace contre cette tumeur pour lui donner une chance suppl\u00e9mentaire. Nous avons ainsi offert pr\u00e8s d&rsquo;un an de vie \u00e0 des patients qui seraient d\u00e9c\u00e9d\u00e9s en quelques semaines faute de traitement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Comment ce type d&rsquo;approche est-il encadr\u00e9 ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Tout se fait dans le cadre d&rsquo;un essai clinique, tr\u00e8s r\u00e9glement\u00e9. Les autorit\u00e9s de sant\u00e9 valident l&rsquo;essai si elles estiment qu&rsquo;il pr\u00e9sente un b\u00e9n\u00e9fice pour les patients, puis on mesure ce b\u00e9n\u00e9fice. Cela transforme une hypoth\u00e8se en donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qu&rsquo;est-ce qui distingue Orakl de ce travail men\u00e9 \u00e0 Gustave Roussy ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 <a href=\"http:\/\/gustaveroussy.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gustave Roussy<\/a>, nous \u00e9tions centr\u00e9s sur la biologie et les tumeurs de patients, mais nous n&rsquo;avions pas correctement int\u00e9gr\u00e9 la data science et l&rsquo;IA. Chez Orakl, le saut technologique est tr\u00e8s fort. Notre plateforme repose sur plusieurs briques : les organo\u00efdes tumoraux, mais aussi de nombreuses couches de data science, et des ing\u00e9nieurs IA qui ont construit des mod\u00e8les capables de pr\u00e9dire l&rsquo;\u00e9volution \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une population de patients. C&rsquo;\u00e9tait impossible avec les outils que nous avions \u00e0 Gustave Roussy.<\/p>\n\n\n\n<p>La finalit\u00e9 n&rsquo;est pas la m\u00eame non plus. \u00c0 <a href=\"http:\/\/gustaveroussy.fr\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Gustave Roussy<\/a>, il s&rsquo;agit d&rsquo;aider les m\u00e9decins \u00e0 choisir le traitement d&rsquo;un patient. Chez Orakl, nous aidons l&rsquo;industrie pharmaceutique \u00e0 d\u00e9cider comment d\u00e9ployer de nouveaux m\u00e9dicaments pour l&rsquo;ensemble des patients. Les interlocuteurs diff\u00e8rent, mais dans les deux cas, ce sont les patients qui en b\u00e9n\u00e9ficient.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Qui sont vos clients, et comment facturez-vous votre valeur ajout\u00e9e ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Nous avons un mod\u00e8le de plateforme. Le mat\u00e9riel biologique et les donn\u00e9es viennent des h\u00f4pitaux, avec lesquels nous travaillons en partenariat. En \u00e9change, nous leur apportons des moyens qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas toujours les ressources de financer.<\/p>\n\n\n\n<p>Les donn\u00e9es de patients ne se partagent pas facilement, surtout en Europe avec le <a href=\"https:\/\/www.cnil.fr\/fr\/reglement-europeen-protection-donnees\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">RGPD<\/a>. Les patients doivent donner leur consentement, et notre fa\u00e7on de recevoir et de stocker ces donn\u00e9es est tr\u00e8s encadr\u00e9e : nous sommes h\u00e9bergeur de donn\u00e9es de sant\u00e9, avec un cadre juridique robuste. Nous ne vendons rien aux h\u00f4pitaux. C&rsquo;est avant tout une relation gagnant-gagnant : nous avons besoin des patients d&rsquo;aujourd&rsquo;hui pour transformer l&rsquo;industrie du m\u00e9dicament au profit des patients de demain, et nous contribuons en retour \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer leurs \u00e9tudes de recherche translationnelle ou clinique.<\/p>\n\n\n\n<p>Nos clients sont les laboratoires pharmaceutiques. Ce sont des entreprises qui comptent jusqu&rsquo;\u00e0 200 000 salari\u00e9s, qui prennent chaque jour des d\u00e9cisions pour faire avancer leurs m\u00e9dicaments, la plupart du temps sur la base d&rsquo;habitudes, d&rsquo;intuitions ou d&rsquo;opinions. Nous leur proposons une plateforme d&rsquo;aide \u00e0 la d\u00e9cision : \u00e0 partir de leur question, nos mod\u00e8les d&rsquo;IA et notre interface wet lab leur apportent une r\u00e9ponse sur laquelle fonder leurs arbitrages.<\/p>\n\n\n\n<p>Un exemple avait beaucoup fait parler sur LinkedIn. Il y a quelques mois, un m\u00e9dicament d\u00e9velopp\u00e9 par <a href=\"https:\/\/www.revmed.com\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Revolution Medicines<\/a> a \u00e9t\u00e9 valid\u00e9 contre le cancer du pancr\u00e9as. Nous avions pr\u00e9dit, un an avant, les r\u00e9sultats de leur essai clinique, c&rsquo;est-\u00e0-dire les indicateurs que la <a href=\"https:\/\/www.fda.gov\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">FDA<\/a> examine pour valider un m\u00e9dicament. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;origine du nom Orakl : un effet boule de cristal. Nous sommes capables de pr\u00e9dire plusieurs ann\u00e9es \u00e0 l&rsquo;avance les indicateurs cl\u00e9s qui conditionnent la validation d&rsquo;un m\u00e9dicament. Aujourd&rsquo;hui, nos mod\u00e8les pr\u00e9disent la r\u00e9ponse des patients aux traitements avec une pr\u00e9cision de 90 %.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D&rsquo;autres acteurs font-ils la m\u00eame chose ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une industrie qui attire beaucoup d&rsquo;attention, et de nombreuses entreprises d&rsquo;IA veulent contribuer au d\u00e9veloppement du m\u00e9dicament. La plupart se concentrent sur la chimie. Isomorphic Labs, la spin-off de Google, en est un exemple : il s&rsquo;agit de mieux concevoir des mol\u00e9cules contre des cibles th\u00e9rapeutiques connues. L&rsquo;IA y a d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 qu&rsquo;elle am\u00e9liorait les performances.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous faisons partie d&rsquo;une poign\u00e9e d&rsquo;entreprises qui utilisent l&rsquo;IA pour d\u00e9risquer non pas la chimie, mais la biologie : comment fonctionne la tumeur, quel m\u00e9dicament peut freiner la prolif\u00e9ration de ses cellules, comment un patient ou une cohorte va y r\u00e9pondre. Notre but est d&rsquo;entra\u00eener l&rsquo;IA \u00e0 d\u00e9coder la biologie de la maladie tumorale et \u00e0 pr\u00e9dire la r\u00e9ponse des patients.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est un sujet plus difficile, d&rsquo;o\u00f9 le faible nombre d&rsquo;acteurs. Mais l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas le m\u00eame : la grande majorit\u00e9 des \u00e9checs cliniques rel\u00e8vent de la biologie (efficacit\u00e9, toxicit\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Certains cancers se pr\u00eatent-ils mieux que d&rsquo;autres \u00e0 la cr\u00e9ation de patients virtuels ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Nous avons commenc\u00e9 par les cancers digestifs, pancr\u00e9as et c\u00f4lon, deuxi\u00e8me cause de mortalit\u00e9 par cancer dans le monde. C&rsquo;\u00e9tait un v\u00e9ritable d\u00e9sert d&rsquo;innovation th\u00e9rapeutique. Les choses commencent \u00e0 bouger, mais la situation \u00e9tait catastrophique. Nous avons obtenu de bonnes performances sur ces deux indications et allons maintenant \u00e9largir \u00e0 d&rsquo;autres cancers.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains seront plus difficiles, comme les cancers du sein et de la prostate. Ces organes re\u00e7oivent des hormones, \u0153strog\u00e8nes ou androg\u00e8nes, et leurs tumeurs en d\u00e9pendent fortement pour prolif\u00e9rer. Or on ma\u00eetrise mal les milieux de culture n\u00e9cessaires pour faire pousser ces tumeurs de patients. On sait tr\u00e8s bien recr\u00e9er un mini-intestin dans une bo\u00eete de Petri, beaucoup moins une mini-prostate dans un incubateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous allons tout de m\u00eame couvrir beaucoup d&rsquo;autres cancers : le poumon, l&rsquo;estomac, l&rsquo;ovaire, le cancer du sein triple n\u00e9gatif, qui n&rsquo;est pas hormonod\u00e9pendant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous visez 1 000 patients virtuels d&rsquo;ici fin 2026. Comment comptez-vous y parvenir ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Nous signons de plus en plus de contrats avec des h\u00f4pitaux en Europe, et le prochain sera aux \u00c9tats-Unis. Cela doit nous permettre d&rsquo;atteindre 1 000 patients virtuels et de couvrir tous les types de cancers \u00e9voqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>1 000 patients virtuels, ce n&rsquo;est pas \u00e9norme en soi. Ce qui compte, c&rsquo;est le volume de donn\u00e9es. Pour chaque patient, nous disposons des cellules, et nous collectons et g\u00e9n\u00e9rons \u00e9norm\u00e9ment de donn\u00e9es. Nous construisons ainsi le plus gros jeu de donn\u00e9es en oncologie au monde, de l&rsquo;ordre de plusieurs p\u00e9taoctets. Sa puissance ne tient pas au nombre de patients, mais \u00e0 la profondeur des donn\u00e9es associ\u00e9es \u00e0 chacun.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous cumulez les fonctions de CEO et de CSO. Comment arbitrez-vous quand science et business ne vont pas dans la m\u00eame direction ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>J&rsquo;aime profond\u00e9ment la science, c&rsquo;est pour cela que j&rsquo;ai fait cette carri\u00e8re. Mais d\u00e8s lors qu&rsquo;on cr\u00e9e une startup, la finalit\u00e9 est le business. La recherche g\u00e9n\u00e8re de la connaissance au profit de l&rsquo;humanit\u00e9, financ\u00e9e par des subventions publiques, et rendue disponible pour tous. C&rsquo;est une mission fondamentale qu&rsquo;il faut absolument nourrir. Mais en passant \u00e0 l&rsquo;entrepreneuriat, j&rsquo;ai d\u00fb changer d&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit : sans business, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;entreprise. C&rsquo;\u00e9tait clair pour moi d\u00e8s le d\u00e9part. Sinon, je serais rest\u00e9e dans mon laboratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cadre est d&rsquo;ailleurs tr\u00e8s exigeant pour la science. Au bout du compte, les clients ne paient que si c&rsquo;est convaincant. Cela pose la question de savoir \u00e0 quel point la science r\u00e9pond aux besoins de l&rsquo;industrie. Pour moi, les deux sont toujours align\u00e9s : on ne fait pas de la science pour la science, mais pour r\u00e9pondre \u00e0 un besoin sur un march\u00e9 existant. Une science solide qui r\u00e9pond \u00e0 un besoin cr\u00e9e du business.<\/p>\n\n\n\n<p>Avoir les deux casquettes est m\u00eame un atout pour le product-market fit, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;ad\u00e9quation entre la technologie et les besoins du march\u00e9. Je suis l&rsquo;interlocutrice privil\u00e9gi\u00e9e des laboratoires pharmaceutiques, je comprends leurs besoins, mais aussi la technologie et la science. Je peux donc concevoir une solution \u00e0 l&rsquo;intersection des deux. Pour l&rsquo;instant, c&rsquo;est un cercle vertueux.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Vous avez quitt\u00e9 un poste de directrice de recherche reconnu pour l&rsquo;incertitude d&rsquo;une startup. Avec le recul, qu&rsquo;en retenez-vous ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Je continue en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 travailler une journ\u00e9e par semaine \u00e0 Gustave Roussy. J&rsquo;avais des programmes en cours, des collaborateurs, des doctorants : on ne peut pas partir du jour au lendemain. J&rsquo;ai recrut\u00e9 et restructur\u00e9 pour que l&rsquo;\u00e9quipe soit autonome, et je continue de piloter ces travaux de loin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n&rsquo;ai jamais regrett\u00e9. J&rsquo;ai toujours su que monter une startup \u00e9tait risqu\u00e9. Je n&rsquo;ai pas choisi cette voie en \u00e9tant certaine de r\u00e9ussir, mais parce qu&rsquo;elle avait du sens pour moi. Il y a \u00e9videmment de bonnes chances que cela fonctionne, mais ce n&rsquo;est pas ce qui me motive. Il y a un probl\u00e8me \u00e0 r\u00e9soudre, j&rsquo;avais le sentiment de pouvoir y contribuer, et il me semblait logique de m&rsquo;y atteler. Le succ\u00e8s ou l&rsquo;\u00e9chec reste secondaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Y a-t-il une d\u00e9cision que vous ne referiez pas ?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Honn\u00eatement, je ne ferais rien diff\u00e9remment. Chaque d\u00e9cision est prise pour de bonnes raisons. C&rsquo;est facile de la revisiter apr\u00e8s coup en se disant qu&rsquo;on aurait pu faire autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est une tr\u00e8s belle aventure. J&rsquo;ai deux cofondateurs exceptionnels. Nous sommes aujourd&rsquo;hui 40, et personne n&rsquo;est parti : aucune d\u00e9mission, aucun licenciement. Nous sommes tr\u00e8s exigeants sur le recrutement et choisissons vraiment nos collaborateurs. Cela dit beaucoup du sens de la mission et du collectif. Je me sens \u00e0 ma place, et je suis vraiment heureuse d&rsquo;\u00eatre l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Nos remerciements \u00e0 Fanny Jaulin, CEO d&rsquo;Orakl Oncology. 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